Même si son impact est encore impossible à évaluer, la crise liée au nouveau coronavirus commence à s'étendre à l'activité automobile en Europe, après la Chine, laissant présager un choc de grande amplitude pour le secteur.

Les immatriculations de voitures neuves ont reculé de 11% en février en Allemagne, et les commandes de 19%, selon les chiffres des constructeurs publiés mercredi. Le premier marché européen subit les premiers effets de l'épidémie de Covid-19 et "il est très probable que nous assistions encore à une baisse à deux chiffres (...) au cours des prochains mois", a commenté Peter Fuss, analyste du cabinet d'audit et de conseil EY.

L'industrie automobile allemande se prépare à "des temps difficiles", avait déjà prévenu dimanche l'institut allemand Ifo, après des indicateurs en berne dans son enquête de février.

Même tendance en Italie, où la Lombardie et la Vénétie, les deux principaux foyers de la maladie dans le pays, ont vu les livraisons de voitures neuves chuter d'environ 20%. "Les difficultés de déplacement et les restrictions imposées à l'activité des entreprises (...) ont entraîné une réduction drastique des ventes aux particuliers", s'est inquiété la Fédération italienne des concessionnaires automobiles (Federauto).

En France, l'impact sur les données nationales n'était pas encore visible le mois dernier. La baisse des immatriculations s'est limitée à 2,7%, même si les nouvelles commandes ont fléchi de 7%.

Mais dans l'Oise, principal foyer d'épidémie de l'Hexagone, un professionnel du secteur, sous couvert d'anonymat, a fait état auprès de l'AFP d'un "décrochage" des ventes "entre -20% et -30% en février".

Impossible pour l'instant de prévoir la durée et donc l'impact de l'épidémie de Covid-19. Le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), qui devait présenter mardi ses prévisions 2020, a finalement renoncé. "On attend de voir comment la maladie va évoluer", a expliqué le directeur de la communication François Roudier.

La conjoncture était mauvaise avant même le coronavirus. Les constructeurs tablaient en janvier sur une baisse de 2% du marché de l'UE en 2020, la première en sept ans. Cela devrait être pire.

"Attentisme"

Il est "certain" que l'épidémie "aura un impact car elle génère de l'attentisme", prévient Flavien Neuvy, directeur de l'observatoire Cetelem de l'automobile.

Les consommateurs qui se ruent sur les paquets de pâtes ou de farine pour constituer des réserves de précaution ne pensent pas à investir dans un véhicule neuf. On l'a constaté en Chine, point de départ de la crise sanitaire, où les immatriculations se sont effondrées en février.

"Parce qu'ils ne sont pas vitaux et représentent de gros budgets, les achats de voitures sont souvent les premiers auxquels le consommateur renonce en période d'incertitude", explique M. Neuvy.

Ferdinand Dudenhöffer, expert de l'université de Saint-Gall (Suisse), prévoit une chute d'au moins 8% cette année en Chine, premier marché mondial.

Il anticipe une baisse de 3% du marché mondial, après -6% l'an dernier et -1% en 2018, soit 7,5 millions de véhicules perdus depuis le pic de 2017, dans un contexte de surcapacités de production. Le constructeur français Renault, parmi d'autres, a évoqué de possibles fermetures d'usines.

Aux risques liés à la demande, s'ajoutent ceux relatifs à la production, avec des craintes de pénurie de pièces qui pourraient paralyser des usines européennes après des interruptions en Chine. Fiat Chrysler l'a envisagé.

"Pour l'instant, nous avons réussi à protéger nos sites européens. Ils tournent à plein parce que notre carnet de commandes en Europe est excellent", a rassuré mardi le patron de PSA (Peugeot, Citroën) Carlos Tavares.

Oliver Zipse, directeur général de BMW, souligne que la durée de la crise sera déterminante: "nous sommes sécurisés pour les trois prochaines semaines. Après, il faudra voir".

"L'industrie était affaiblie par les guerres commerciales du président américain Trump; maintenant s'ajoute le coronavirus au moment où l'électrification des véhicules réclame de gros investissements. Un seul de ces problèmes ferait très mal. On a les trois simultanément", s'inquiète M. Dudenhöffer.

Xavier Mosquet, expert automobile du cabinet de conseil en stratégie BCG, prévoit aussi "une conjoncture morose à court terme", mais avec des groupes plutôt solides financièrement. Selon lui, "c'est très différent de la crise de 2009, qui était plus profonde et que les groupes automobiles avaient abordée en mauvaise santé alors qu'ils sortaient déjà de trois à quatre années très difficiles".