Analyse

Aucune banque n'aime annoncer une hausse des taux d'intérêt hypothécaires. Question de popularité auprès du grand public. Que dire alors pour la banque qui est la première à annoncer la "mauvaise nouvelle", donnant la possibilité aux autres de se... contenter de suivre le mouvement.

Lundi, Fortis Banque a annoncé une augmentation de ses taux hypothécaires. La formule est classique: "Suite à l'évolution des taux des marchés financiers, Fortis Banque a décidé d'augmenter les taux des crédits habitation à partir du 5 juin 2007."

Elle le fait d'ailleurs de manière très surprenante puisque non seulement toutes ses formules, tant variables que fixes, l'annuel comme le quinquennal, le décennal, le 20 ou le 40 ans fixes augmentent d'un même 0,20 pc, mais qu'elle s'empresse d'ajouter qu'elle "suit ainsi les autres grandes banques".

Une petite phrase qui en dit long. "Alors que les autres ne communiquent plus officiellement, nous continuons à le faire, explique une porte-parole du groupe. On pourrait de la sorte penser que nous sommes les premiers à augmenter nos taux. Et, surtout, les seuls" . L'approche marketing du crédit logement est en effet en cours de bouleversement: plutôt que d'annoncer par voie de presse les adaptations des taux dit "affiche" (taux de base, officiels), de plus en plus d'organismes de prêts passent par leur site Internet pour annoncer des changements certes hebdomadaires, liés aux évolutions sur les marchés financiers, mais d'une seule catégorie d'offre. De quoi suivre le marché au plus près, disent-elles, mais également faire le moins de vagues possibles... Avec ceci que la catégorie en question est attractive à souhait, les taux étant les plus bas puisqu'assortis de conditions en matière de prise d'assurance solde restant dû et incendie, voire de versement du salaire. La première à avoir modifié son approche fut ING, il y a deux ans. KBC s'y est mise en décembre. D'autres suivront.

De quoi agacer Fortis, de l'ancienne école, mais plus encore les consommateurs qui ne savent plus rien comparer. Surtout que dans les faits, toutes font exactement la même chose: les taux qu'elles offrent, dans le secret de leurs alcôves, tiennent compte des taux sur les marchés, des conditions auxquelles ils sont couplés, de la fidélité du client, de sa capacité à discuter, etc.

La hausse des taux est cependant bien réelle. Mais elle ne date pas d'hier. Cela fait deux mois maintenant que les taux longs (10, 15, 20 ans...) explosent pour ainsi dire. Plus que les taux courts qui, eux, ont surtout augmenté entre septembre et novembre derniers (voir graphique). L'annonce de Fortis conforte donc une augmentation passée. Mais tout, sur les marchés financiers, porte à croire que cela va continuer de plus belle.