Après Herman van Rompuy en décembre, les Grandes Conférences catholiques accueillait lundi soir à leur tribune Christine Lagarde, ministre française des Finances et de l’Economie. Le bâtonnier Dal, président honoraire des Grandes Conférences, a retracé avec esprit la carrière de la femme que le "Financial Times" proclamait, en novembre, la ministre des Finances de l’année.

Sortant d’une réunion prolongée de l’Eurogroupe, Mme Lagarde a traité avec élégance et conviction un sujet sobrement intitulé "Les principes de l’action pendant et après la crise". Cette première crise de la mondialisation a exigé l’intervention rapide des Etats qui, seule, pouvait empêcher les économies de "perdre tout leur oxygène". Elle exige, aujourd’hui, de ramener les déficits budgétaires à des niveaux "raisonnables".

Plus profondément, poursuivit-elle, cette crise a modifié les ressorts de l’action des Etats, appelés à penser et traiter l’économie mondiale en philosophe, en physicien et en psychanalyste. Philosophiquement, les gouvernements doivent repenser leur rôle pour trouver et fonder le juste équilibre entre le principe du risque - et peut-être même le réhabiliter pour pouvoir aller de l’avant - et le sens moral qui doit guider le capitalisme, qui n’est par lui-même ni moral ni immoral mais s’est conduit bien souvent de façon immorale.

Comme physiciens, les Etats doivent assurer - voire rétablir - la confiance nécessaire à toute société pour rester unie et permettre aux actions d’être menées et, d’autre part, veiller à éliminer les "trous noirs" dans l’activité bancaire et financière. La défiance et l’obscurité sont également contreproductives. C’est dans cet esprit, a souligné Mme Lagarde, que le G20 s’est attaché à promouvoir une meilleure régulation des opérations financières (meilleure régulation ne signifiant pas forcément plus de régulation !), dans trois domaines : les hommes, autrement dit les mécanismes de rémunération dans les secteurs bancaires et financiers (les bonus, notamment); les produits (comme les "hedge funds"); les territoires, autrement dit les "paradis fiscaux". Profondément renouvelé, le G20 peut fonctionner dorénavant comme "une tour de contrôle de l’économie mondiale".

Enfin, les Etats doivent appliquer, en psychanalystes, le principe de transgression des règles jusqu’ici admises afin de lier les performances économiques à une conception du progrès qui prenne en compte, notamment, la santé, le niveau d’éducation, le bien-être, bref le bonheur des humains. Pour y parvenir, nous devons avoir le courage de la transgression, autrement dit celui de sortir des sentiers battus et de braver les interdits.

En conclusion, Mme Lagarde a estimé que le G20, transformé et associant dorénavant les Etats "émergés" et "émergents", et en asssurant une meilleure coordination de l’action des Etats, a permis de penser une nouvelle forme de gouvernance mondiale. La crise aura donc profondément modifié le visage du capitalisme. Loin d’être une parenthèse dans l’activité économique et financière, elle aura jeté, au contraire, les bases d’une "mondialisation plus heureuse". Christine Lagarde a été longuement applaudie par un Palais des Congrès archibondé.