Analyse

A

u début du mois d’avril, la nouvelle de la mise en suspend des activités de My First Company, le pionnier belge du crowdfunding, a laissé planer un doute sur l’avenir du secteur.

Grosso modo, il existe deux types de contraintes pour le crowdfunding en Belgique. Premièrement, l’argent ne doit pas transiter sur un compte lié au site de crowdfunding, et la rémunération ne peut se faire que par la société qui a levé les fonds. Et c’est plus particulièrement sur ce point que MyFirstCompany s’est vue forcé d’arrêter ses activités. "Le risque est de rapidement se trouver dans la situation d’être considéré comme un intermédiaire financier classique, avec l’obligation d’avoir une licence bancaire, des contraintes en terme de fonds propres, de compliance, d’audit. Ce qui est beaucoup trop lourd pour des structures légères comme les nôtres", souligne Frédéric Lévy Morelle (administrateur-délégué de Look&Fin).

Deuxièmement, l’appel à l’épargne publique doit respecter certaines règles, et dès que le montant levé est supérieur à 100 000 euros, une procédure beaucoup plus lourde d’engagements, nécessitant la publication de prospectus destinés aux investisseurs potentiels.

Ceci ne semble toutefois pas être un gros frein pour les sites actuels. MyMicroInvest a déjà levé des fonds pour un montant supérieur à 100 000 euros avec prospectus (pour le projet 2Houses.com), et Look&Fin devrait faire de même pour un projet prévu au second semestre 2013. Pour Jim Lannoo (porte-parole de la FSMA), "l’obligation de publier un prospectus n’est donc pas un obstacle insurmontable pour un site de crowdfunding".

Empressement

Guillaume Desclée (MyMicroInvest.com) souligne que si "le cadre réglementaire n’est pas toujours facile, il est important que l’Etat protège les citoyens, d’autant que le crowdfunding peut faire appel à des réactions très émotionnelles". Si MyFirstCompany a été contrainte à mettre (peut-être temporairement) un genou à terre, c’est également en raison de l’empressement des fondateurs à lancer leur société sans avoir discuté au préalable avec l’autorité de marché. Les deux autres plateformes actuellement opérationnelles (MyMicroInvest et Look&Fin) n’ont pas fait cette erreur, et ne se sont véritablement lancées qu’une fois leur projet validé par l’autorité de marché.

Pour Guillaume Desclée (MyMicroInvest, "le crowdfunding est une activité qui est en train de se développer rapidement, avec des montants récoltés au niveau mondial qui ont atteint 2,7 milliards d’euros en 2012. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de visibilité sur notre activité, comme en témoigne les recherches sur des moteurs comme Google. Les PME ont aujourd’hui d’importants problèmes à se financer, alors même que 230 milliards d’euros continuent de dormir sur les comptes d’épargne qui ne rapportent rien. Le but de notre démarche est de mettre en relation ces deux éléments afin de nérer de l’investissement et de la création d’emplois".

Futur

Pour autant, le crowdfunding est encore loin d’être une activité rentable, les sites les plus anciens n’ayant que quelques mois d’activité, et seulement quelques dossiers bouclés, pour des structures de coûts qui sont déjà assez lourdes. Chez Look&Fin, Frédéric Lévy Morelle souligne par exemple qu’il faudra environ 20 dossiers de 100 000 euros par an pour être à l’équilibre. "Nous ne pensons donc pas qu’au niveau du marché belge, il y aura nécessairement de la place pour beaucoup d’acteurs. Les deux structures actuellement opérationnelles sont dirigées par des équipes compétentes qui ont une longue expérience dans le venture capital", et bénéficient donc d’une bonne longueur d’avance sur les autres.

Depuis le début de l’année, deux nouveaux sites sont venus s’ajouter aux structures de crowdfunding belges : CroFun et Angel.me. Ce dernier site (qui en phase de recherche de projets) a par ailleurs reçu le soutien de Belfius, ce qui pourrait en faire rapidement un acteur central.

Indépendance

Un impact qu’il faut relativiser. "Le but de mettre sur pied une plate-forme de crowdfunding, c’est justement de ne pas se présenter comme une banque, qui aura généralement tendance à voir minimiser son risque tout en maximisant le coût du financement", constate Frédéric Lévy Morelle (Look&Fin). "Pour le moment, nous préférons rester sur un modèle d’indépendance."

"Aujourd’hui, les entreprises qui viennent nous voir ne sont plus désespérées pour trouver du financement, mais considèrent vraiment le crowdfunding comme une solution de premier choix pour le financement de leurs projets" , confirme Guillaume Desclée (MyMicroInvest).