"Cette démarche n'est ni amicale, ni pertinente. Elle nie la spécificité de nos valeurs, de notre culture et de notre projet stratégique", a écrit mercredi le directeur général de Suez Bertrand Camus, dans un message adressé en français, anglais et espagnol aux 90.000 salariés du groupe dans le monde.

Une fin de non-recevoir à l'invitation à discuter lancée le matin même par le PDG de Veolia Antoine Frérot, et qui annonce une belle bataille dans les semaines à venir.

"Je réitère mon invitation à Bertrand Camus de venir discuter avec moi de ce magnifique projet", avait dit M Frérot sur BFM Business, précisant l'avoir appelé début août, au moment où Veolia commençait à mûrir son dessein.

Veolia, numéro un mondial du traitement de l'eau et des déchets, a remis dimanche à Engie, principal actionnaire de son concurrent historique Suez, une offre à 2,9 milliards d'euros, portant sur le rachat de 29,9% de Suez.

Engie, qui avait émis en juillet son souhait de se séparer de certains actifs, a un mois pour se prononcer. Le groupe a notamment déjà à son calendrier un conseil d'administration prévu fin septembre.

Si cette transaction aboutit, Veolia compte déposer ensuite une offre publique d'achat auprès des autres actionnaires de Suez.

Objectif: "construire le super champion mondial" de la transformation écologique, sur fond de besoins croissants et de concurrence internationale, explique Antoine Frérot, qui évoque "un projet fort pour la France" et "gagnant" pour tous.

Mais pour le directeur général de Suez, l'initiative "est particulièrement hostile".

"L'opération imaginée présente des risques majeurs et des incertitudes fortes en particulier sur nos équipes, nos emplois, l'avenir de nos activités Eau en France, et pour l'urgence écologique si la saine concurrence, source d'innovation, et l'émulation créative devaient disparaître", argumente-t-il.

"L'émotion est d'autant plus forte que les activités de l'eau en France, qui occupent une place particulière au coeur du groupe, de son histoire, de son expertise, seraient vendues à un fonds d'investissement", ajoute-t-il.

Craintes

"Avec l'équipe de direction, nous sommes mobilisés pour préserver l'intégrité de Suez et développer notre groupe. J'ai besoin de vous tous, de votre confiance et de votre engagement", écrit encore Bertrand Camus aux salariés.

La CGT du groupe Engie a également exprimé mercredi sa crainte que cette opération ne signe "le début du démantèlement" pour Engie et Suez, dont la branche eau française serait revendue.

Pour éviter que le projet se heurte aux règles antitrust, comme cela avait été le cas lors d'une précédente tentative en 2012, Veolia a en effet pris les devants et trouvé un repreneur pour la branche Eau France de Suez: le fonds français Meridiam, spécialisé dans les infrastructures. Ce fonds n'a jamais vendu d'actif en 15 ans d'existence, vante Antoine Frérot, qui globalement insiste aussi sur le maintien de l'emploi.

"Il y a une place pour tout le monde dans ce projet, pour tous les salariés, tous les managers, tout le top management de Suez", a-t-il réaffirmé mercredi sur BFM Business.

L'Etat, actionnaire de référence d'Engie, a rappelé qu'il aurait son mot à dire dans cette vente.

Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Economie Bruno Le Maire, a prévenu qu'il serait vigilant sur l'emploi.

Mercredi, M. Frérot a indiqué qu'il avait présenté son projet notamment au Premier ministre Jean Castex. "Il m'a écouté et a posé des questions, il m'a dit qu'il trouvait que c'était un beau projet", a-t-il assuré.

Bertrand Camus veut lui se concentrer sur son plan stratégique, pour faire de Suez le numéro un du secteur d'ici 2030... et détrôner ainsi Veolia.

Mercredi, Suez a ainsi annoncé la cession d'une participation dans un partenariat australien. Une opération "en ligne avec le plan +Shaping Suez 2030+", relève le communiqué, rappelant que le groupe se concentre "sur des projets à forte valeur ajoutée lui permettant de se démarquer".