Le dollar risque-t-il de sombrer corps et biens?

Entreprises & Start-up

Par PATRICK VAN CAMPENHOUT

Publié le

Le dollar risque-t-il de sombrer corps et biens?
© AP

Analyse

Le dollar est malade, l'euro en trop bonne santé. Le billet vert est tellement déprimé que l'on en vient à raconter des sornettes : un top model international aurait refusé d'être payé en dollars ! De la blague ! Voilà pour le constat d'une situation qui, si elle empire, pourrait avoir sur l'économie mondiale des répercussions encore difficiles à mesurer aujourd'hui. Y a-t-il urgence à évoquer ce problème qui, pourtant, évolue lentement depuis... les attentats du 11 septembre 2001 ? Rappelez-vous : à l'époque, le dollar se traitait encore à 0,91 pour un euro. Depuis, le billet vert a évolué par vagues, perdant, sur base des cours récents, pratiquement 80 pc de sa valeur face à l'euro... Pour le commun des mortels, vous ou moi, la situation actuelle offre pas mal d'avantages : des vacances à bon compte aux Etats-Unis ou dans les pays dont la devise est alignée sur le dollar US. Des jeans à 30 €, les hamburgers pour... des cacahuètes, ou une chaîne hi-fi pour 200 €, frais d'envoi compris, au départ de Hong Kong... Un monde idéal pour les pays de la zone euro ? Pour le consommateur, oui, pour le moment du moins. Même le litre d'essence, qui devrait coûter 2 €, bénéficie de la faiblesse de ce dollar malade, et reste dans une zone de prix supportable par l'automobiliste.

Entreprises européennes à la peine

Mais le consommateur belge ou européen n'est pas le centre du monde. Et les entreprises du Vieux continent commencent à peiner sous le poids de leur devise de référence. Leurs exportations sont trop chères. Elles souffrent donc d'un manque de compétitivité, alors que les dividendes, qui remontent de leurs filiales installées en zone dollar, subissent un douloureux effet de change. Il leur suffirait de couvrir ce risque sur les marchés à terme, pensez-vous ? Bonne remarque. Mais c'est oublier que le risque d'une poursuite de la dépréciation du dollar est inscrit dans les cours des options sur devises. Bref, les entreprises souffrent en silence. En silence ? Non, selon Peter Vanden Houte, économiste chez ING Belgique, le ton commence à monter. "Dans une étude publiée récemment par BusinessEurope (ex-UNICE), l'organisation patronale européenne, les patrons sont appelés à se prononcer sur le niveau de changes à partir duquel la force de l'euro devient difficile à assumer. En l'occurrence, l'Allemagne, qui paraît la plus à même de résister aux problèmes de compétitivité en raison de ses spécificités industrielles à l'exportation, commencerait à souffrir d'un dollar à 1,50 pour 1 €. Pour les autres pays de la zone euro, ce niveau descend à 1,39 dollar pour 1 €." On est donc entré en zone délicate... C'est le moment de réagir ? "Oui, ça commence à faire mal. Mais il y a toujours ce phénomène d'overshooting. Dans une enquête publiée récemment par Merril Lynch, on interroge cette fois des investisseurs institutionnels. Pour synthétiser, ceux-ci estiment le dollar sous-évalué, et l'euro surévalué. Mais quand on leur demande dans quelle mesure ils surpondèrent ou sous-pondèrent ces devises dans leur portefeuille, la réponse est claire : tout le monde dit que l'euro est trop cher, mais tout le monde le surpondère, et inversement pour le dollar." Il existe pourtant des indicateurs permettant de jauger la valeur des devises. "Oui, mais sur le marché des changes, s'il y a bien une valeur justifiée, on voit toujours les cours réels évoluer dans une fourchette assez large et de manière très nerveuse", explique encore Peter Vanden Houte.

Que dit le "Big Mac Index" ?

On peut notamment évaluer le niveau "correct" d'une devise sur base des indicateurs de pouvoir d'achat. On pense notamment à l'indice "Big Mac" utilisé par "The Economist" qui montre un avantage de 22 pc pour les Européens en matière de pouvoir d'achat si on se base sur ce fondement de la culture gastronomique américaine. Une plaisanterie anglo-saxonne ? Pour Peter Vanden Houte, "le niveau de parité de pouvoir d'achat se situe à 1,27 dollar pour un euro. On a donc dépassé ce point d'équilibre d'une vingtaine de pour cent. Le dollar est donc théoriquement bon marché !". De 20 à 22 pc, il y a une marge négligeable. On peut donc affirmer sans craindre de trop se tromper que le dollar est, en effet, entré dans une zone plancher. De là à imaginer un redémarrage du billet vert...

Les pétrodollars broient du noir

La situation du dollar est aussi inquiétante pour les pays qui détiennent une partie de leurs réserves de change libellées dans la devise américaine. Là, on parle de quantités colossales de billets verts entassés dans les coffres des banques centrales, emmagasinés sous forme de bons du Trésor américain, ou au travers de participations dans le capital d'entreprises. Idem d'ailleurs pour les investisseurs. Le poids de la Chine dans cet ensemble est particulièrement important. "Les réserves chinoises sont à 80 pc libellées en dollar", rappelle Peter Vanden Houte.

Et puis, il y a les pays producteurs de pétrole. Ils ne sont pas très contents actuellement d'être payés en dollar. C'est que le pétrodollar abonde, le prix du baril de brut frisant les 100 dollars, mais à quoi sert-il ? "On note que beaucoup d'achats émanant des pays du Golfe sont effectués dans la zone euro. En conséquence, la facture réelle est plus élevée qu'auparavant..." ä

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous