Il y avait, hier à Zeebrugge, comme l'aurait chanté Jacques Brel, "un ciel si bas qu'un canal s'est perdu". Dommage, car c'était le jour J pour les sociétés Distrigaz et Fluxys. Hier à 10 heures précises est arrivé, dans la grisaille, le Umm Bab, le premier méthanier transportant du gaz dans le cadre de contrats à long terme signés avec le Qatar.

Et ils sont venus nombreux pour fêter cela, y compris quelques représentants politiques, dont le ministre belge de l'Énergie Marc Verwilghen et son homologue qatari, Abdullah Bin Hamad Al Attiya.

Cette journée était d'autant plus symbolique qu'elle marquait la fin de l'ère du gaz algérien (lire ci-dessous) et, comme l'a souligné Marc Verwilghen, la volonté d'assurer une diversification d'approvisionnement.

Trois utilisateurs

Une capacité annuelle de 7,2 milliards m³ de gaz naturel est réservée au terminal entre 2007 et 2026 pour des importations en provenance du Qatar.

Fluxys LNG (qui gère le terminal de Zeebrugge) a souscrit des contrats à long terme avec 3 utilisateurs, qui sont exerçables à partir de 2007 : Qatar Petroleum/ExxonMobil (4,5 milliards m³ de gaz naturel par an ou encore 55 chargements), Distrigaz (2,7 milliards m3 par an ou encore 33 chargements) et enfin - et ce n'est pas lié aux contrats du Qatar - Suez LNG Trading (environ 1,8 milliard de m³ pour une durée de 15 ans).

Pour pouvoir offrir la capacité réservée commune de 110 déchargements (environ 9 milliards de m³ de gaz naturel par an), Fluxys LNG a démarré la construction d'un quatrième réservoir de stockage de Gaz naturel liquéfié (GNL) et d'installations annexes destinées à regazéifier le GNL puis à l'injecter dans le réseau de transport.

La mise en service des nouvelles installations sera terminée fin 2007.

Prix compétitifs

Si l'on en croit Erwin Van Brysel, CEO de Distrigaz, le contrat avec le Qatar permettra, outre d'assurer une diversification d'approvisionnement, de "fournir du gaz à des prix compétitifs". Et d'insister sur le rôle prépondérant du Qatar sur l'échiquier gazier mondial : cet émirat détient 15 pc des réserves mondiales. Ce qui le classe en deuxième position derrière la Russie. De plus, poursuit-il, "d'ici quelques années, il sera le plus grand producteur de GNL. Il dispose d'une flotte énorme de méthaniers, affiche une stabilité politique et reconnaît des sociétés comme Exxon Mobil".

Abdullah Bin Hamad Al Attiya a d'ailleurs confirmé hier que le Qatar visait 77 millions de tonnes (contre environ 30 millions actuellement) à l'horizon 2010 pour occuper cette place de leadership en GNL.

Il a aussi insisté sur les nombreux "avantages" du terminal de Zeebrugge, qui est devenu le carrefour des flux gaziers internationaux en Europe du nord-ouest à la faveur du développement de nombreux projets (le gazoduc sous-marin Interconnector vers le Royaume Uni, etc.).

En 2006, les Pays-Bas restaient le premier fournisseur de Distrigaz (35 pc), devant la Norvège (34 pc) et les contrats GNL (17 pc).

La signature d'un contrat avec le Qatar n'empêche toutefois pas Distrigaz d'être toujours en négociation avec l'Algérie pour compléter les sources d'approvisionnement. "Cela se discute dans une perspective de plusieurs années", explique Erwin Van Brysel.

Et le gaz russe ? "On ne peut nier l'existence du premier producteur de gaz", répond le CEO de Distrigaz. "Tôt ou tard, ils arriveront", ajoute Marc Verwilghen. Et selon lui, cela se passera quand le tant attendu "Baltic Pipe" sera prêt.

Ariane van Caloen