Brassées de fleurs, lundi, au siège de la patronale Union wallonne des entreprises. Grands formats académiques et d'affaires s'y retrouvaient pour marquer le coup, celui des premiers projets retenus au rayon des pôles de compétitivité (LLB de samedi). La satisfaction globale était comme mâtinée d'étonnement. Etonnement à l'adresse des décideurs politiques dès lors que, à rebours de craintes initiales, «pour la première fois des choix ont été faits sur des critères objectifs et pas par couleurs ou sous-régions» (Jean Stéphenne, patron de GSK et président du pôle Biowin). Etonnement aussi sur eux-mêmes, dès lors que grandes et petites entreprises, milieux universitaires et de recherche ont pu, si vite, se mobiliser ensemble -or, pour ne s'en tenir qu'à elles, «les universités ont toujours vécu dans leur tour d'ivoire; c'est un grand tournant» (Willy Legros, recteur honoraire de l'ULg et vice-président du pôle aérospatial)...

Rien que des fleurs? Non. Outre quelques soucis d'intendance (ainsi, des taux de subsidiation à finaliser), outre des conditions de réussite à éprouver (ainsi, une administration plus rapide, une autonomie des pôles à préserver, davantage de capitaux privés à attirer), deux points font problème, d'ailleurs pressentis dès vendredi dernier.

D'abord, à l'exception sans doute du pôle Biowin, où Fedichem-Wallonie se félicite de la mise en oeuvre commune d'une «task-force» qui lui est dédiée, la formation serait une faiblesse générale. Plutôt, la mobilisation du privé est insuffisante. «On ne peut plus scinder les choses entre l'économie au privé et la formation au public», signifiait vendredi la ministre-présidente Marie Arena. Entrepreneurs et universitaires n'ont pourtant cessé hier d'insister sur des formations mieux adaptées aux besoins industriels. Contradiction? Ils s'en défendent: requérir des plans formations en 3 mois, y compris pour des projets à l'état de recherche, c'eut été «irréaliste». Et on ne réglera pas d'un coup de baguette un phénomène aussi culturel que la stagnation du nombre d'étudiants en sciences exactes.

Avertissement

Mais voici le plus problématique. Quatre pôles ont donc été servis (Biowin, aéronautique et spatial, agro-industrie, transports et logistique); le cinquième a été recalé dans l'état: le génie mécanique. Ce n'est pas faute de projets rentrés: il a été le plus productif. Or, le gouvernement a fait siennes les recommandations du jury, de resserrer un périmètre trop large.

Ses promoteurs ne sont pas d'accord. «S'ils veulent un pôle «nouveaux matériaux», soit, mais ce ne sera plus un pôle «génie mécanique». Industriels et universitaires, ensemble, stipulent que les nouveaux matériaux n'en sont qu'une partie», explique le président du pôle, Pierre Mottet. On peut reformater les projets, les restructurer par phases, poursuit-il; mais en reprenant les 4 axes présentés par le pôle: micro-technologies et mécatronique (projets de piézo-électricité, stockage d'énergie,...), mise en forme (moulages de précision), matériaux et surfaces du futur (nanopoudres, nanotubes,...) et maintenance intelligente (modélisation, téléassistance,...).

A toutes fins utiles, Pierre Mottet rappelle l'importance du secteur en Wallonie: 40 pc de son industrie, 25 pc de son emploi industriel, 20 pc de ses exportations,... Ne trouverait-on pas de consensus courant septembre, il prévient: «Si la Région estime que le génie mécanique n'est pas un pôle de développement, j'en tirerai les conséquences. Si je ne trouve pas les ressources ici, j'irai les trouver ailleurs.» A ne pas prendre à la légère, cet avertissement de celui qui est d'abord administrateur-délégué d'IBA à Louvain-la-Neuve, dont la notoriété dans les technologies de pointe est mondiale...

© La Libre Belgique 2006