Plus de 15 000 magasins dans 31 pays. Des commerces totalisant chaque année quelque trois milliards de passages en caisse. Avec 490 000 collaborateurs (dont 140 000 dans l’Hexagone), le groupe français Carrefour est le premier employeur privé en Europe et le septième employeur mondial. Il aligne une kyrielle de marques, dans des secteurs aussi différents que l’alimentation, l’informatique, les voyages, les services financiers, le carburant ou les assurances. Outre l’enseigne Carrefour proprement dite et ses dérivés (Carrefour Market, Carrefour City, Carrefour Contact, etc.), les magasins Ed, Proxi ou Shopi, bien connus en France, font eux aussi partie de l’empire Carrefour.

La marque vit le jour en 1959, fruit de l’union de deux familles : les héritiers de la dynastie Defforey, commerçants en gros, et Marcel Fournier, à la tête d’une affaire familiale de mercerie. C’est en 1963 que naquit le premier hypermarché de France : le Carrefour de Sainte-Geneviève-des-Bois, en banlieue de Paris. "Tout sous le même toit", libre-service et grand parking pratique : à l’époque, le concept est révolutionnaire. Le succès de la formule fut tel que, moins de trois décennies plus tard, en 1991, Carrefour avala Euromarché, devenant le leader français des hypermarchés devant son éternel concurrent, Leclerc. En 1999, nouvelle étape : en fusionnant avec Promodès (Continent, Champion, etc.), Carrefour se hissa à la deuxième place mondiale de la distribution, derrière l’Américain Wal-Mart.

Europe, Balkans, Brésil, Argentine, Chine, Malaisie, etc. : le groupe ne cesse de s’étendre aux quatre coins du monde. Cette expansion n’exclut pas les échecs, parfois retentissants - ainsi, son retrait du Japon, en 2005. La saga se fait parfois au prix de soubresauts internes, de remous dans l’actionnariat et de valses de PDG. En 2005, par exemple, la baisse des résultats des hypermarchés français entraîne la chute du PDG Daniel Bernard, à la tête du groupe depuis 1992. Il est remplacé par l’Espagnol José-Luis Duran. C’est aussi le retour à l’avant-scène du Belge Luc Vandevelde, ex-n° 2 de Promodès, qui avait refusé de devenir le dauphin de Bernard à la fusion des deux groupes. Mais deux ans plus tard, Luc Vandevelde, qui gère la fortune des deux familles fondatrices, perd leur confiance en raison de divergences stratégiques. Le fonds d’investissement Colony Capital et la holding de Bernard Arnault, patron de LVMH, entrent au capital de Carrefour. En 2009, José Luis Duran à son tour est débarqué pour mauvais résultats boursiers. Le remplace le Suédois Lars Olofsson, ex-n° 2 du géant suisse Nestlé.

Forte baisse du bénéfice net, chiffre d’affaires en repli : les derniers résultats du groupe sont mauvais. Malgré une reconversion de ses enseignes (les ex-supermarchés Champion devenus Carrefour Market, etc.), malgré les nouveaux concepts (ainsi, le prochain Promolibre : des promotions à la carte pour clients fidélisés), Carrefour, au fil des ans, s’est endormi sur ses lauriers. L’inventeur de l’hypermarché s’est reconverti dans les supermarchés, mais n’a pas vu venir la crise de ceux-ci, victimes successivement de la vogue du commerce de proximité, de la baisse du pouvoir d’achat et du retournement de la conjoncture lié à la crise mondiale. Il n’a pas toujours su anticiper, voire a tardivement réagi aux nouvelles modes de consommation (bio, équitable, Internet, drive-in, etc.). Dans la guerre des prix bas, il s’est fait dribbler par Leclerc ou par les maxidiscount. Résultat : celui qui, si longtemps, avait été "Le roi du discount", n’a plus, aux yeux du grand public, une image bien identifiée.

"Il fallait absolument relancer la dynamique commerciale", assénait récemment Lars Olofsson, dans les colonnes du "Monde". Le mouvement semble désormais enclenché, au départ de la Belgique.