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Un peu de linguistique d'abord. Dans notre cyber-société galopante, il est désormais acquis que le terme «mème internet» est un anglicisme employé pour décrire un élément ou phénomène repris et décliné en masse sur notre bon vieux world wide web. Mais rien de tel qu'un exemple pour assimiler ce nouveau vocabulaire. On voit en effet depuis quelques temps fleurir sur le net une kyrielle de vidéos loufoques estampillées "Harlem Shake". C'est le dernier raz-de-marée viral en date à s'être propagé façon mycose partout sur la toile. Décryptage.

Le "Harlem Shake" s'est abattu sur Youtube et ce mois de février 2013 à la manière d'une averse tropicale. Au fil de ces petites vidéos, on découvre plusieurs personnes se trémoussant à la manière de flans caramel posés sur une machine à laver en marche. Une pseudo-danse débilo-suggestive ou l'on mime à l'envi quelqu'actes sexuels. Si nos joyeux danseurs sont revêtus de tenues criardes, ridicules ou bariolées, c'est mieux car cela fait plus d'effet.

C'est le podcasteur japonais Filthy Frank, bien connu des geeks et hipsters à lunettes, qui initia le 2 février dernier cette étrange mais non moins amusante tendance. Introduisant du même coup la bande-son devenue officielle du mouvement: le morceau "Harlem Shake" du Dj et producteur Baauer. Une tuerie dopée aux infra-basses qui a fait de l'Américain le nouveau porte-drapeau de la jeune scène Trap (mélange peu subtil mais ô combien efficace de sonorités dubstep, d'influences dance, de Miami bass, d'esprit crunk et d'instrus hip hop, NdlR.) C'est donc bien Harry Rodrigues – de son petit nom – qui, le premier, profite de l'engouement populaire, voyant les ventes de son single épique monter en flèche sur Itunes.

Depuis, le phénomène s'est structuré et la majorité des films diffusés présente le même schéma. Dans un premier temps, on observe un individu – souvent casqué – s'ébrouer façon canasson au milieu d'autres gens vaquant comme si de rien n'était à leurs occupations. Un plan de coupe plus tard, on retrouve notre danseur-fou, balançant ses membres frénétiquement au milieu de ce même groupe, désormais atteint des mêmes maux hyperkinétiques et, lui-aussi, déguisé de façon grotesque ou dans le plus simple appareil. Plus de 10 000 répliques de la chose seront uplodées en 9 jours, et visionnées 44 millions de fois. La semaine dernière, on dénombrait 25 000 séquences du genre sur Youtube pour un total de 120 millions de vues. Et le phénomène continue...

Buzz oblige, le "Harlem Shake" est repris par tous, fait l'objet de flashmob, de parodies dans les bureaux, les vestiaires de grandes équipes ou au sein des rédactions, et est même détourné à des fins commerciales ou de propagande (par Pepsi, Oasis et même l'armée US). Un phénomène décrit par les psychologues comme "un exutoire collectif qui rompt l'ordre établi pour mieux simuler le chaos" ou, plus simplement, comme "un carnaval organisé à l'échelle de la planète".

Mais d'aucuns déchantent sur la planète hip hop, se sentant dépossédés d'un fragment de leur culture tourné au ridicule. Car le "Harlem" est, à l'origine, une manière de danser issue des 80's et des quartiers new-yorkais. Un courant jadis appelé «albee» en l’honneur de son inventeur Al B, qui décrivait lui-même ces curieux mouvements de "secousses alcooliques". Un style tremblotant ayant peut-être également inspiré le krump, danse similaire née de l'autre côté, à L.A, et ayant fait l'objet d'un documentaire signé de la main du photographe David LaChapelle ("Rize", NdlR.).

Vous voilà désormais bien informés. Il ne vous reste plus qu'à essayer.