Les marchés s’y étaient préparés, pourtant ils ont très mal accueilli la victoire de François Hollande à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle en France. D’autant qu’à ce résultat était accueilli dans un marché qui simultanément, prenait la mesure de la crise politique qui a conduit à la démission du gouvernement du Premier ministre Mark Rutte aux Pays-Bas.

Dès l’ouverture, les indices boursiers ont plongé dans le rouge et les reculs ont atteint jusqu’à 3 % pour l’Euro Stoxx 50 comme pour indiquer que c’est bien toute l’Europe qui est inquiète de la tournure des événements sur la scène politique. Soudain donc, c’est bien le risque d’une crise politique à l’échelle européenne qui s’est imposée comme facteur de menace sur les marchés.

Les indices de la Bourses de Paris (-3 %) et d’Amsterdam (-2,8 %) figurent parmi les plus affectés mais c’est curieusement la Bourse de Francfort qui a enregistré la baisse la plus marquée avec un recul de 3,5 %. La preuve sans doute que le remaniement politique qui se prépare en France comme aux Pays-Bas, risque fort d’isoler l’Allemagne dans la revendication d’une stricte rigueur budgétaire dans la zone euro.

En d’autres termes, à la faveur d’un risque politique - et non plus strictement financier -, c’est une fois de plus la crédibilité et donc la stabilité de la zone euro qui sont remises en question, comme en témoignent aussi les tensions qui sont réapparues sur les marchés obligataires.

Si les taux des obligations européennes se sont tendus lundi un peu partout en Europe, l’Allemagne a fait exception. Les investisseurs se tournent vers les marchés obligataires mais uniquement vers ceux qui offrent la plus grande fiabilité. En l’occurrence, malgré son isolement de plus en plus marqué sur le front de la rigueur, les obligations allemandes continuent à attirer les investisseurs internationaux. A cela s’ajoutent les inquiétudes sur la situation de l’Espagne, dans le collimateur des marchés depuis trois semaines, et dont les taux frôlent toujours la barre des 6 %.

Cela fait beaucoup et dès lundi matin, les taux de l’ensemble des pays de la zone euro se tendaient : le taux de l’OAT française montait à 3,098 % contre 3,081 % précédemment, tout comme celui des Pays-Bas à 2,380 % contre 2,314 %, événement pratiquement inédit pour ce pays qui risque de perdre sa note AAA en raison de la crise politique qui le touche. Quant aux taux de la Belgique, ils progressaient modérément à 3,474 % contre 3,458 % la veille du week-end. Seuls les taux allemands baissaient donc, conséquence d’un mouvement acheteur qui a pour effet d’augmenter le "spread", l’écart de rendement avec les autres dettes souveraines. Le taux du Bund qui évolue en sens inverse des prix, s’inscrivait à 1,634 % contre 1,707 %. Un plancher historique.