Le Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, a confirmé ce mercredi que son pays était prêt à assouplir le secret bancaire, en acceptant l'échange automatique d'informations à partir du 1er janvier 2015.

"Nous pouvons sans danger introduire l'échange automatique à partir du 1er janvier 2015", a déclaré M. Juncker devant le Parlement luxembourgeois. "Nous pouvons introduire l'échange automatique d'informations parce que notre place financière est prête à le faire", a-t-il ajouté.

Pour M. Juncker, "la place financière (du Luxembourg) ne dépend pas de manière existentielle du secret bancaire, les lumières ne vont pas s'éteindre". "Notre place financière ne vit pas de l'argent noir ni de la fraude fiscale", a-t-il assuré.

Une directive sur la "coopération administrative" prévoit des règles sur l'échange automatique d'informations à partir de 2015. Approuvée par tous les Etats membres, dont le Luxembourg, elle s'applique à cinq catégories de revenus et de capital: revenus professionnels, jetons de présence, produits d'assurance-vie, pensions, propriété et revenus de biens immobiliers.

La décision du Luxembourg met "une énorme pression immédiate" sur la Suisse

La décision du Luxembourg de passer dès 2015 à l'échange automatique d'informations met "une énorme pression" sur la Suisse, estime l'avocat fiscaliste suisse Philippe Kenel. C'est la fin du secret bancaire en Europe et aussi en Suisse, à ses yeux. "C'est l'échec de la stratégie du monde bancaire suisse", juge mercredi Philippe Kenel interrogé par l'agence de presse suisse ats. Pour lui, la Suisse a manqué "une occasion historique" en 2009-2010 en ne négociant pas l'échange automatique d'informations contre la libre circulation des services financiers dans l'Union européenne. "On a perdu du temps", déplore-t-il.

La décision du Luxembourg qui fixe à janvier 2015 le changement de paradigme met une "énorme pression immédiate" sur la Suisse. Les délais sont "beaucoup plus courts" que ce que certains disaient et il est clair que l'UE va demander à la Suisse de s'aligner: la Suisse "ne pourra pas dire non", selon l'avocat fiscaliste.

La stratégie suisse Rubik, avec une retenue à la source et la préservation de l'anonymat, a été refusée par l'Allemagne, comme le rappelle le Luxembourg. En outre le Grand-Duché doit s'adapter au système FATCA mis en place par les Etats-Unis. Rubik avait le mérite de régler le passé, relève Philippe Kenel. "Que va-t-il se passer pour les clients des banques suisses ?", s'interroge-t-il. "Aujourd'hui, on n'a pas de solution pour régulariser le passé", souligne le fiscaliste.

Outre le contexte français, la crise chypriote a aussi pesé dans le changement d'avis du Luxembourg, selon Philippe Kenel. L'Union européenne doit passer en revue les pays dont le secteur financier est très, voire trop important, conclut-il.

"Vers un échange automatique d'informations bancaires"

Dimanche, le ministre luxembourgeois des Finances, Luc Frieden, avait indiqué que son pays était prêt à assouplir le secret bancaire. "Nous voulons renforcer la coopération avec les autorités fiscales étrangères", avait affirmé le ministre dans un journal allemand.

"La tendance internationale va vers un échange automatique d'informations bancaires. Nous n'y sommes plus strictement opposés", avait souligné M. Frieden.

Il avait cité les paiements d'intérêts à des clients étrangers comme exemple d'informations qui pourraient être transmises aux pays d'origine, et assuré que "le Luxembourg ne compte pas sur les clients qui veulent économiser sur leurs impôts".

Le Luxembourg, un des six membres fondateurs de l'Union européenne, est de plus en plus sur la sellette, particulièrement visé pour sa culture du secret bancaire.

M. Frieden avait déclaré récemment qu'il souhaitait que les clients financiers viennent au Luxembourg "non pas pour échapper au fisc ... mais parce que nos produits et nos services sont mieux adaptés aux besoins internationaux".

Selon le gouvernement du Luxembourg, le secteur financiers compte 141 banques de 26 pays et 3.840 fonds d'investissement opérant dans 70 autres pays.