En 2005, Jacques Rogge, président du Comité olympique international (COI), rencontrait quelques hommes d’affaires belges. "Dommage qu’il n’y ait pas plus d’entreprises belges qui s’impliquent dans l’organisation des JO, regrette alors Jacques Rogge. Il y a énormément de débouchés sur les marchés olympiques". Agoria, la fédération qui représente les entreprises technologiques du pays, prend la balle au bond et relève le défi. Sous les auspices du COI belge, elle crée le "Sports Technology Club", sous-titré : la technologie belge au service des événements sportifs internationaux. Car rapidement, le cadre olympique s’est élargi pour englober aussi le Mondial ou l’Euro de football.

Le sport, marché stratégique

Ce club est animé par une dizaine de personnes aujourd’hui. Il est présidé par Piet Moons qui est en réalité directeur marketing du Comité olympique et interfédéral belge. Le pilotage au quotidien est assuré quant à lui par Peter Demuynck, responsable "international business" chez Agoria. Ceux qui ne le connaissent pas ont intérêt à l’inviter à évoquer son business. Il est plus que probable qu’il parviendra à convaincre les plus réticents à cotiser au club. Parce que ça marche et, depuis, les événements sportifs font partie des marchés stratégiques d’Agoria. "Comme pour reprendre les cinq anneaux olympiques, pour les marchés sportifs, nous avons ciblé cinq créneaux : le contrôle d’accès, la construction au sens large, l’accueil, la technologie des médias et les équipements sportifs. Nous avons alors contacté les entreprises belges actives dans ces différents domaines."

L’idée de ce club n’est pas seulement de réunir les partenaires autour d’un objectif commun. C’est aussi d’assurer la fonction d’une banque centrale de données, un agenda de contacts, un calendrier de rencontres. "Nous assurons d’abord tout ce que l’on qualifie de ‘business intelligence’. Nous regroupons toutes les informations sur l’événement ciblé : le timing, le budget, les procédures, les contacts… Ensuite, nous établissons des contacts physiques avec les décideurs de l’événement. Enfin, nous favorisons les échanges d’expériences entre les membres du club. L’échange fait partie du jeu", explique Peter Demuynck.

Et c’est aussi ce qui fait l’originalité de cette structure : "Ce club est quelque chose de typiquement belge et qui est fort apprécié par les organisateurs. Ils se retrouvent face à un seul interlocuteur global et qui en outre assure un suivi des contacts". Et le directeur d’Agoria d’expliquer le déroulement d’une mission type. D’abord, on rend visite en délégation au président du comité organisateur. Souvent, pour ce faire, on est accompagné d’un homme politique belge (dans le cadre d’une mission économique par exemple) avec un objectif : expliquer comment la Belgique peut contribuer au succès de l’événement.

Deuxième étape, on invite des représentants du comité à venir expliquer leurs attentes en Belgique auprès de nos entrepreneurs. Ensuite, le club organise deux ou trois missions plus ciblées en vue de rencontrer les responsables opérationnels. Enfin, et c’est primordial, il assure le suivi des appels d’offres électroniques. "Et ensuite, c’est aux entreprises de jouer…", termine Peter Demuynck. Mais il faut s’y prendre bien à temps : "Pour Sotchi, nous avons entamé les démarches en 2007 avec Yves Leterme comme ministre des Affaires étrangères. Aujourd’hui, nous sommes déjà sur les JO de Rio en 2016, l’Euro de foot de 2018 en Russie et les JO de 2020 au Qatar…"

Et en termes de chiffre d’affaires, la formule est-elle efficace ? Même si on sait que les Belges ont signé pour 280 millions d’euros de contrats à Londres, Peter Demuynck relativise les chiffres : "C’est moins le chiffre d’affaires que le nombre d’entreprises qui ont réussi à décrocher un contrat qui importe. Et surtout, nous voulons être complémentaires des missions organisées par l’Awex en Wallonie, le Fit en Flandre ou le BIE à Bruxelles. Nous avons un savoir-faire technologique à défendre".Yves Cavalier