Début 2012, l’on pouvait craindre le pire concernant notre marché automobile. La fin des primes gouvernementales pour les véhicules émettant moins de 105 g CO2/km le 31 décembre 2011 combinée à une méthode de taxation plus lourde et à tout le moins confuse des voitures dites "de société" allaient-elles occasionner le grand dérapage des ventes ? La crise économique et le climat d’incertitude n’arrangeant rien, les immatriculations de véhicules neufs ont effectivement chuté de 14,9 %, à 486 737 unités, soit 85 474 de moins qu’en 2011, année exceptionnelle s’il en fut.

D’une manière globale, c’est le marché des particuliers qui a trinqué le plus, celui des véhicules de fonction tenant en quelque sorte la boutique debout. Avec des conséquences surprenantes. Durant les 5-7 dernières années, le marché était réparti en 55 % pour les particuliers, 45 % pour les sociétés. En 2012, celui-ci a basculé pour se répartir en 49 % clientèle privée, 51 % entreprises et indépendants. Normal : à la fin des primes, en décembre 2011, les gens s’étaient rués chez les concessionnaires. Une partie de la clientèle était déjà servie avant le Salon 2012.

Mais la voiture de société a tenu le coup malgré les taxations alourdies en fonction du prix catalogue et des options. Une diminution de taille des véhicules et de leur motorisation a bien eu lieu, mais pas dans les proportions que pouvaient craindre les importateurs, la clientèle ne lésinant pas trop non plus sur les équipements.

Que ce marché n’ait pas trop souffert est logique : en Belgique, une voiture est considérée comme une partie du salaire des gens qui, en soi, ne peut pas être diminué. Par contre, ce qui a bien diminué, c’est le niveau de pollution du parc des entreprises, en émissions de dioxyde de carbone tout au moins. Selon les statistiques établies par Febiac, la Fédération belge de l’industrie automobile et du cycle, qui suit cela de très près, l’on est passé de 134 g/km en 2011 à 125 g/km en 2012. Et la tendance se poursuit au premier trimestre de cette année, puisque la moyenne d’émissions de CO2 tourne autour de 120 g/km.

Au diable donc les préjugés sur les "grosses bagnoles", ces Mercedes, BMW, Audi et autre Volvo qui polluent un max. Comme le dit Jean-Marc Ponteville, porte-parole de la marque Volkswagen chez D’Ieteren, "le marché des voitures de société est d’une extrême importance car c’est par ce canal que sont introduites, dans le parc automobile, les innovations et améliorations. C’est évident d’un point de vue environnemental, c’est aussi vrai pour la sécurité et le confort, les autres qualités des voitures modernes."

Cette diminution spectaculaire du taux d’émission de CO2 est non seulement due aux progrès technologiques pour de meilleurs rendements et une dépollution progressive, elle tient aussi à la politique de nombreuses grandes entreprises - Belgacom, Electrabel, l’ex-Dexia Belfius, Siemens, etc. - visant à réduire leur empreinte environnementale.

Et l’on en arrive à ce constat étonnant : les véhicules de fonction immatriculés en 2012 et début 2013 émettent moins de dioxyde de carbone que les voitures achetées par des particuliers. Là, le CO2 est passé de 123 g/km en 2011 à 130 g/km en 2012, au-dessus des 125 g/km du parc des entreprises ! C’est la réaction épidermique d’une clientèle qui n’a plus d’incitants fiscaux.

Dans le même temps, alors qu’on a vendu énormément de véhicules diesel urbains jusqu’à fin 2011, le marché penche maintenant vers les voitures à essence. En 2011, pour les particuliers, la répartition était de 33 % essence - 66 % diesel. Aujourd’hui, elle est de 46 % essence - 53 % diesel. Pour les véhicules de société, c’était 10 % essence - 89 % diesel en 2011, 13 % essence - 86 % diesel en 2012.

Les choses évoluent toujours dans le sens de ce rééquilibrage au premier trimestre 2013, même si la part des immatriculations par des particuliers revient à peu près à la normale, soit 53,7 % par rapport aux voitures de société. C’est l’effet Salon, qui a très bien marché, à un point qui aurait pu faire croire à une très grande année. Malheureusement, crise et incertitudes planent toujours, et l’on sera très content si le niveau des ventes se maintient en 2013 par rapport à l’année précédente.