La compagnie aérienne irlandaise s'exposerait à une contestation juridique des licenciements et au remboursement éventuel des aides publiques reçues, a-t-il averti. La compagnie irlandaise a annoncé au début du mois sa décision de mettre un terme à la phase 1 de la loi Renault -dite d'information et de consultation- qui régit les restructurations d'entreprises, avaient dénoncé la semaine passée les syndicats. Cette phase vise à réduire le licenciement et à en atténuer les conséquences. Elle ne peut être clôturée que lorsque l'employeur a répondu à toutes les questions posées par la délégation syndicale, a fait remarquer le ministre dans un communiqué.

"Mon administration n'a pas encore été mise au courant de la clôture de la première phase par les notifications requises. La phase d'information et de consultation n'est donc pas officiellement clôturée à ce jour", a souligné le ministre dans le courrier dont l'Agence Belga a pu prendre connaissance.

"Une clôture unilatérale, si elle avait été décidée, ferait l'objet, presque sans nul doute, d'une contestation collective. Au cœur de laquelle les travailleurs concernés seraient en droit de contester leur licenciement", a ajouté M. Dermagne, qui invite Ryanair à "souscrire pleinement" à la loi belge.

Par ailleurs, l'Etat fédéral n'hésitera pas à étudier les possibilités de remboursement d'aides publiques, a-t-il affirmé, "tout comme les Régions wallonne et flamande en auront la possibilité".

Dans une réaction, le syndicaliste de la CNE Didier Lebbe se satisfait qu'une autorité belge prenne "enfin" ses responsabilités. Il suggère d'ailleurs une concertation entre les différents ministres européens compétents.

Le représentant du syndicat chrétien martèle ne pas comprendre la logique économique de ces licenciements alors que la compagnie aérienne peut encore faire appel à des mesures de chômage économique en Belgique jusqu'à la fin mars et que le patron du groupe Ryanair, Michael O'Leary, affirme partout dans les médias, depuis quelques jours, que son entreprise reviendra à la normale en avril prochain.

Le transporteur irlandais va devenir le plus important en Europe car il a les reins solides, prédit son collègue Hans Elsen, du syndicat chrétien flamand ACV Puls. Toutes les compagnies perdent de l'argent et réduisent leur flotte alors que Ryanair dispose encore de 4,5 milliards d'euros de liquidités et va bientôt pouvoir (re)faire voler les Boeing 737 MAX dont il dispose ou qui lui seront bientôt livrés.

Pour Didier Lebbe, le but ultime et symbolique de l'entreprise basée à Dublin est d'imposer les réductions de salaires, "ce qui est indécent pour un personnel de cabine touchant déjà un salaire minimal". Il y voit une sorte de "vengeance" de Ryanair face au refus des syndicats de discuter d'un tel sujet.

"Nous n'accepterons de clôturer la phase 1 de la loi Renault que lorsqu'ils nous expliqueront la plus-value pour l'entreprise et la logique économique derrière toutes ces contradictions", dit encore Hans Elsen.

Syndicats et direction de Ryanair se retrouveront ce vendredi pour une commission paritaire, prévue de longue date, suivie d'un bureau de conciliation, pour aborder cet épineux dossier.