La circulation routière a retrouvé ses droits sur le boulevard de la 2e armée britannique à Forest qui longe le site Volkswagen (VW). Après sept semaines de grève, les ouvriers de l'usine d'assemblage automobile ont, en effet, repris le chemin des chaînes de montage, lundi, matin. A l'entrée du site, les carcasses de voitures, les palettes de bois, les tentes et le brasero ont disparu; la route a été nettoyée et, les piquets de grève ont levé le camp... Presque comme si rien ne s'était passé, depuis la mi-novembre, sur le site qui occupait alors encore quelque 5 400 personnes.

Les ouvriers ont voté, vendredi, en faveur de la reprise du travail à une courte majorité (54 pc contre 44 pc). Et pourtant, lundi, les travailleurs de VW, appelés à se présenter à Forest, en quatre vagues (à 6h, 10h, 14h et 18h) n'ont pas le coeur à l'ouvrage. C'est avec les pieds de plomb qu'ils franchissent les grilles de l'usine. "Le vote a été biaisé", soupire Patrick (47 ans), 29 ans de maison et militant FGTB. "Les questions dans le référendum n'étaient pas claires. De nombreuses personnes en droit de voter n'étaient pas sur les listes et sont donc reparties sans avoir participé au scrutin." Manuel, 51 ans, fâché d'être "obligé" de partir en prépension embraye : "Je ne comprends pas le résultat du référendum. A l'intérieur de l'usine, tous les travailleurs râlent et affirment qu'ils étaient pour la poursuite de la grève".

La production de Golf et de Polo n'a pas encore repris lundi. Cette première journée était destinée à informer les quatre équipes (du matin, de l'après-midi, de nuit et du week-end) sur la future organisation du travail. Car, rappelons-le, l'usine qui produisait encore l'an dernier près de 200 000 véhicules n'en assemblera plus que 84 000, cette année et l'année prochaine avec quelque 2 200 personnes. Les équipes de nuit et du week-end seront supprimées. Dans le même temps, près de 2 000 personnes quitteront l'usine avec une belle prime sous le bras tandis que les travailleurs de plus de 50 ans (près d'un millier) seront prépensionnés.

Les ouvriers, candidats au départ volontaire, se sont également présentés à leur poste, hier. Afin de recevoir les papiers nécessaires pour percevoir les allocations de chômage. Mais le flou régnait. "On nous avait dit que l'on pourrait travailler jusqu'au 21 janvier et aujourd'hui, j'apprends que c'est déjà terminé pour nous", raconte Saïd, ouvrier à VW Forest depuis 16 ans. D'autres travailleurs ressortent de l'usine après une demi-heure à peine. "Si on fait venir les gens pour ne rien faire, moi, je me taille", hurle l'un d'eux. "On avait voté contre la reprise du travail mais on doit être présents, donc on est là. Mais on ne sait rien, le chef nous dit d'attendre", abonde Claude (49 ans), un magasinier, entouré de quelques collègues. La tension reste vive.

"La lutte pour le maintien de la production de voitures à VW Forest, des emplois et des salaires continue à l'intérieur comme à l'extérieur", lâche Michael, un délégué FGTB. "Ce n'est pas parce que la grève est finie que le combat est terminé", complète Pascal Van Cauwenberge, le délégué principal de la CSC. "Il y a encore de nombreuses questions à régler." Les négociations reprendront, jeudi, dans le cadre d'un conseil d'entreprise.

Dès ce mardi, les ouvriers travailleront donc en deux équipes, de 6 à 14h et de 14 à 22h. La production devrait, elle, reprendre, effectivement mercredi ou jeudi.

© La Libre Belgique 2007