C' est le début de la fin !". "On va perdre notre emploi !". "Ce sera pire que Renau lt Vilvorde !". Toujours en grève et sur les nerfs, les travailleurs de Volkswagen (VW) à Forest ne croyaient hélas pas si bien dire, lundi, dans l'attente insoutenable d'informations sur l'avenir de l'usine. Car même si la direction locale a confirmé, dans l'après-midi, que le site bruxellois ne fermerait pas ses portes, les nouvelles ramenées d'Allemagne par les deux délégués principaux ne sont pas bonnes. "VW Forest va connaître la plus grande restructuration de son histoire", ont annoncé Pascal Van Cauwenberge (CSC) et Jan Van Der Poorten (FGTB), lundi soir.

Une fermeture en 2 temps ?

Les syndicats attendent la réunion du conseil d'entreprise extraordinaire que la direction de VW Forest a finalement convoquée pour ce mardi à 9 heures, avant d'avancer des chiffres. Mais on parlait, hier soir, de la suppression de 2 500 à 3 000 emplois, soit la moitié des effectifs de l'usine belge (5 225 personnes et 174 intérimaires). Ce scénario circulait aussi dans les milieux politiques sans être confirmé. Mais une chose semble acquise : le volume de production de la Golf pour 2007 sera sérieusement raboté à Bruxelles, au profit des usines allemandes, où la durée du temps de travail a été rallongée.

VW Forest sera-t-elle encore dans ces conditions économiquement viable ? Les syndicats sont sceptiques. "Si on continue de tourner avec si peu d'effectifs et de production, ce ne sera pas rentable ni viable économiquement", affirmaient-ils en choeur plus tôt dans la journée. Ne va-t-on pas vers une fermeture en deux temps du site ? "L'avenir de VW dépendra des négociations sociales à venir", explique Sébastien Vilain, un délégué de la CSC. En clair, si VW Forest veut recevoir la production de la nouvelle Golf en 2008 ou d'un autre nouveau modèle du groupe, ses travailleurs devront accepter des efforts salariaux pour rester compétitifs par rapport aux autres usines du constructeur en Europe. "On pourrait aussi connaître un scénario à la Ford Genk (pire par ailleurs)", poursuit le syndicaliste.

Les syndicats ont appelé le personnel à ne pas se rendre sur le site ce mardi. Une assemblée générale rassemblant l'ensemble du personnel est prévue mercredi à 10 heures.

C'est dans cette insoutenable attente que la grève s'est poursuivie lundi à Forest. Hormis quelques pétards lancés par des travailleurs en colère et un grand feu de bois allumé à l'entrée de l'usine qui tenait chaud les militants syndicaux et les journalistes venus faire le pied de grue, l'atmosphère était, à l'image de la météo, assez lugubre aux abords de VW Forest. Les forces de l'ordre veillaient toujours au grain.

"C'est la faute au gouvernement, tonne Daniel, un ouvrier habitant La Louvière qui a 30 ans de maison. Ce sont toutes leurs taxes qui provoquent les délocalisations. À Opel Anvers, on parle aussi de restructuration". "C'est la première fois qu'on nous cache la réalité des choses", complète Angelo, un Montois qui travaille à VW Forest depuis 27 ans. "Depuis que je suis ouvrier ici, il y a 8 ans, on nous bassine avec l'amélioration de la productivité et la flexibilité, soupire Jamel. Chaque année, on supprime de l'emploi pour produire toujours 1 050 voitures par jour. Nous sommes arrivés à un point de saturation". Et Franz, un Malinois de 52 ans d'ajouter : "Moi, j'aurai sans doute droit à la prépension mais que vont devenir mes jeunes collègues ?", s'interroge-t-il.

"La moitié du personnel est âgé de plus de 40 ans", précise Guy Daneels, le permanent de la CSC. On dénombre autant de flamands que de francophones, la plupart étant originaires du Hainaut. Bizarrement, peu de Bruxellois travaillent pour le plus grand employeur industriel de la région bruxelloise.

Preuve que l'heure était grave, Charles Picqué (PS), le chef du gouvernement bruxellois et le ministre de l'Économie et de l'Emploi (CDH) Benoît Cerexhe, ont rencontré hier soir les syndicats. "Le but est de leur apporter notre soutien et de leur dire que des plans d'actions (cellules de reconversion, etc) sont prêts", expliquait-on au cabinet Cerexhe.

© La Libre Belgique 2006