Même Largo Winch aurait du mal à entrevoir l'issue des événements qui secouent actuellement les éditions Dupuis. Depuis la démission du directeur général, Dimitri Kennes, jeudi dernier, l'incertitude plane sur la maison d'édition de Marcinelle, filiale du groupe français Média-Participations. Plusieurs salariés de Dupuis se sont joints à Dimitri Kennes pour proposer lundi un MBO («management buy out», soit un rachat de l'entreprise par certains de ses salariés) à Média-Participations, pour un montant de 102 millions d'euros, soit le prix qu'avait versé l'éditeur français à la Compagnie nationale à portefeuille du financier Albert Frère pour acquérir le fleuron belge en juin 2004. Claude de Saint-Vincent, directeur général adjoint de Média-Participations et patron ad intérim de Dupuis, rejette énergiquement ce MBO.

Hier, un conseil d'entreprise extraordinaire s'est tenu au siège de Dupuis. Les représentants du personnel ont interrogé Claude de Saint-Vincent sur l'avenir de l'entreprise. Les réponses du patron français, qui garantit une autonomie éditoriale mais défend une gestion commerciale délocalisée à Paris, n'ont pas dissipé les craintes. Le personnel de l'éditeur carolo semble extrêmement tendu et vit des moments difficiles sur le plan émotionnel.

Du côté des auteurs, on se perd en conjectures. Une large majorité d'entre eux soutient Dimitri Kennes. «Son projet est fou et excentrique mais il force le respect et a tout pour plaire aux auteurs qui sont par nature aussi un peu excentriques», déclare Midam, le dessinateur de «Kid Paddle», l'un des plus gros succès récents de Dupuis. «Pour ce qui est des fonds, je suis certain qu'ils seront rapidement trouvés. En y participant modestement, par exemple à hauteur de quelque 10000 euros, les auteurs peuvent montrer qu'ils croient à ce projet. Kennes a tenu ses promesses et nous le soutenons sans arrière-pensée.» Philippe Tome, auteur notamment de «Spirou et Fantasio», du «Petit Spirou» et de «Soda», abonde en ce sens: «Dimitri Kennes a convaincu en 20 mois. Nous voulons que cette politique continue. Elle a produit des résultats. Nous ne voulons pas que la logique économique aboutisse à la détricoter.» L'ex-patron de Dupuis se dit quant à lui confiant dans la réussite de son projet et songe à demander aux pouvoirs publics régionaux de jouer un rôle de médiateur.

© La Libre Belgique 2006