Avec le soutien de l’Agence de stimulation économique (ASE) de la Région wallonne, l’Union des classes moyennes (UCM) vient de publier un vade-mecum du commerce indépendant en Wallonie. Pour ce faire quelque 500 commerçants ont été interrogés quant à leurs préoccupations. Carol Dannevoye, en charge de cette mission à l’UCM, souligne d’emblée un paradoxe : "La plupart des commerçants interrogés se montrent inquiets pour l’avenir du petit commerce dans son ensemble. Par contre, ils sont nettement plus optimistes quand ils évoquent leur propre activité."

Politique de l’autruche ou méthode Coué ? On peut en effet s’interroger quand on connaît l’environnement dans lequel ce secteur d’activité évolue. On compte pas moins de 61 500 commerçants en Wallonie, soit 34 % des indépendants actifs déclarés. Ne sont pas concernés les professions libérales et les patrons de PME. L’âge moyen du commerçant wallon est de 47,8 ans, avec une nette tendance au vieillissement.

Manifestement, il ne s’inquiète pas trop de voir le commerce migrer hors des centres-villes même si cette évolution a pour effet qu’à Liège ou dans le Hainaut, une vitrine sur cinq est vide… Il est cependant conscient de l’évolution de sa clientèle : celle-ci demande plus de choix, veut être servie plus rapidement et à des prix plus bas. Si deux commerçants sur trois sont conscients que ce sont des défis qui risquent d’affecter l’ensemble du petit commerce, moins d’un sur deux estime qu’il est directement menacé.

Cet optimisme est lié à une perception très subjective de la valeur ajoutée de son activité. Ainsi, lorsqu’on interroge le commerçant sur ses grands atouts, il évoque la qualité du service au client, la qualité de ses produits, sa notoriété, son expertise, ses heures d’ouverture… Autant de facteurs qu’il maîtrise. Par contre, s’il identifie des faiblesses, celles-ci sont le fait de facteurs extérieurs : l’accessibilité, les problèmes de stationnement, l’insécurité. (Voir infographie)

E-commerce, non merci !

Globalement, plus de trois quarts des commerçants indépendants estiment que les menaces principales sont davantage liées à la crise économique et aux politiques gouvernementales ou locales (taxes, charges sociales, travaux publics…) qu’à l’évolution de l’offre ou du marché : montée de la franchise dans le commerce de proximité, poussée du hard discount ou du e-commerce… Autant de tendances qui ne semblent pas menaçantes pour plus de la moitié des acteurs interrogés.

Pourtant, 96 % des personnes sondées admettent qu’elles doivent faire preuve de dynamisme et faire évoluer leur business. " Mais cela ne se vérifie pas en pratique, souligne Carol Dannevoye . Ainsi plus de 80 % des commerçants interrogés n’envisagent pas de s’intéresser au e-commerce, estimant en général, que ce n’est pas compatible avec leur type d’activité."

Autre élément inquiétant que ressort de l’étude de l’UCM : la plupart des commerçants n’ont pas de formation spécifique et ne font pas de business plan. Et cette absence de compétences peut être fatale. " C’est pourquoi, sur base de ce vade-mecum, nous formulons une série de recommandations en plaidant pour la formation par l’exemple, les formations à coûts réduits ou les créations de réseaux locaux ", conclut Carole Dannevoye.Yves Cavalier