Il est apparu revanchard, Jean-Paul Servais. Invité lundi à s’exprimer devant la commission spéciale chargée d’examiner la crise financière et bancaire, le président de la CBFA (Commission bancaire, financière et des assurances), le gendarme du secteur bancaire, n’a pas fait dans la dentelle, selon les dires de certains parlementaires interrogés à l’issue de la séance. "Il a réglé ses comptes", a lancé l’un d’eux, issu d’un parti de la gauche de l’échiquier politique. "C’était une réaction humaine", a rétorqué un autre, du camp opposé. Il est vrai que Jean-Paul Servais est étiqueté MR

Mais qu’a-t-il donc lâché, dans la salle des Congrès du parlement, pour susciter ces commentaires empreints d’émotion et politiquement colorés ? "Il a affirmé qu’il n’aurait pas pu rejeter le plan de financement avancé par Fortis en avril 2007", explique un parlementaire. "Pour lui, tout était au point." Ce qui l’a amené, raconte ce membre de la commission spéciale, à critiquer l’un de ses prédécesseurs à la tête de la CBFA, Jean-Louis Duplat. En octobre, ce dernier avait déclaré que jamais il n’aurait donné son feu vert à Fortis pour l’acquisition d’actifs d’ABN Amro. Le même Jean-Louis Duplat, entendu quelques heures avant Servais par la commission parlementaire, a redit que l’opération Fortis-ABN n’aurait jamais eu son aval. "Mais quand on lui a demandé pourquoi, il a curieusement affirmé qu’il ne disposait pas de l’information officielle suffisante pour répondre et qu’il se basait sur des informations de presse", relève l’un des commissaires, déçu de la prestation de l’ex-patron de la CBFA. "Mais il était intéressant d’écouter son plaidoyer pertinent pour une autre façon d’exercer le contrôle prudentiel, de façon plus active, plus incisive", concède-t-il.

Quant à l’actuel patron de l’autorité de contrôle des banques, Jean-Paul Servais, il a livré, entend-on, une prestation transparente et constructive dans une atmosphère sereine. Un autre a plutôt trouvé l’ambiance "désagréable", parce qu’il lui semblait que Servais réglait ses comptes. "Il a critiqué vertement Axel Miller (l’ex-administrateur délégué de Dexia, ndlr) ", détaille ce commissaire. Il y a peu, Miller avait déclaré qu’il n’avait pas reçu le soutien qu’il espérait de la CBFA durant la crise bancaire. "Pour Servais, c’est Miller qui n’a pas fourni de plan satisfaisant pour Dexia, alors que la CBFA avait proposé de transformer le holding Dexia en banque pour exercer un contrôle plus efficace."

Et Quaden, dans tout ça ?

Jean-Paul Servais s’est longuement étendu sur les problèmes de liquidités rencontrés par Fortis et sur le fait que la CBFA n’avait rien vu venir, a-t-on encore appris à différentes sources. Selon ces dernières, la ligne de défense du président de l’autorité financière était à peu près celle-ci : la législation ne lui permettait pas d’exercer un contrôle plus rapproché qui aurait peut-être permis de détecter un problème. L’argument n’a pas convaincu tout le monde : "Impuissance légale ou fonctionnelle ?", s’interroge un parlementaire.

Le passage de Servais a laissé dans l’ombre l’audition pourtant intéressante, aux dires de plusieurs parlementaires, de Guy Quaden, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique. Ce dernier s’est montré, comme à son habitude, très pédagogique, rapporte-t-on. Ah oui, un dernier détail : tout ceci s’est passé à huis clos. Évidemment