Les travaux de la 4e écluse de Lanaye (région liégeoise) ont été lancés officiellement hier. Située à la frontière hollandaise, juste entre la Meuse et le canal Albert, cette zone constitue un goulot d’étranglement des voies navigables wallonnes (et européennes) puisque, devant l’augmentation du trafic de marchandises par voie d’eau, le gabarit des trois écluses existantes, complètement saturées, n’est plus suffisant.

Avec un investissement mammouth de 120 millions d’euros (84 à charge de la Région wallonne, 27 pour l’UE et 9 pour les Pays-Bas), ce 4e ouvrage permettra le passage de barges de 9 000 tonnes. Le début des travaux est un événement dans la mesure où le dossier est sur la table depuis une vingtaine d’années

Mais les choses avancent : la fin de la construction de la 4e écluse de Lanaye est prévue pour 2014. Couplé à la réalisation du futur Trilogiport (plateforme logistique associant le rail, la route et la voie d’eau), un peu en amont sur le canal Albert, cet édifice jouera un rôle central pour raccorder Liège et la Wallonie à Rotterdam, au Rhin, au Danube et aux pays de l’Est jusqu’à la mer Noire.

Conséquence : grâce à l’augmentation probable du trafic, le Port autonome de Liège, actuellement le 3e plus grand port intérieur d’Europe, pourrait bien dépasser son grand rival, le Port autonome de Paris, 1er port fluvial de France et 2e au niveau européen. "Le secret espoir à Liège, c’est de prendre cette deuxième place en Europe, nous a confié Michel de Lamotte, ex-administrateur délégué du Port autonome de Liège (et député wallon CDH). C’est jouable car, une fois réglé le problème du chaînon manquant de Lanaye, ce sera autant de valeur ajoutée pour le Trilogiport. Pour rappel, il est prévu que 280 000 conteneurs de marchandises y transitent par an."

En effet, le Trilogiport va proposer 200 000 m2 de surface aux investisseurs internationaux, particulièrement aux grosses sociétés qui souhaitent implanter leur centre de distribution en Europe. Plusieurs candidats se sont d’ailleurs déjà manifestés. Grâce à la 4e écluse de Lanaye, la voie d’eau sera encore plus attractive dans l’offre logistique du Trilogiport.

Ainsi la région liégeoise, dont l’économie a été réorientée vers la logistique (entre autres), complète son offre aux entreprises. En effet, outre la voie d’eau, la Cité ardente héberge le 8e aéroport européen pour le fret et une gare TGV. A venir également : le TGV fret (projet Euro Carex), directement connecté à Bierset, permettra le transport ultrarapide par rail de marchandises à haute valeur ajoutée (notamment dans le secteur de la biologistique). Le projet est stratégique pour Liège qui avait été sélectionnée pour accueillir le seul arrêt en Belgique. Enfin, on ajoutera aussi le fait que la région liégeoise se situe au carrefour de six axes autoroutiers d’importance.

Mais, au-delà du cas liégeois, c’est l’ensemble des 450 kilomètres de voies navigables wallonnes (l’un des réseaux les plus denses d’Europe) qui seront également renforcés. A l’autre bout de la Wallonie, le projet Seine-Escaut doit permettre de faire sauter à terme un autre "verrou" et de relier le réseau wallon au port maritime du Havre notamment.

Enfin, sur le plan environnemental, la modernisation globale des voies fluviales wallonnes devrait permettre de supprimer le passage de 500 000 camions de 30 tonnes par an sur l’E42 à partir de 2020. C’est un bienfait dans la mesure où la navigation intérieure consomme de trois à six fois moins d’énergie que le transport routier. En termes d’émissions de CO2, le bateau est environ trois fois moins "polluant" que le camion.