L'étude de l'économiste Philippe Defeyt attestant que le pouvoir d'achat se maintient par rapport à l'acquisition d'une dizaine de biens de consommation courante suscite la controverse.

"Toute étude porte en soi ses limites", rappelle le Crioc (Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs) qui affirme que "le pouvoir d'achat a bien diminué", contrairement à ce que laisse penser celle-ci. "La réalité quotidienne vécue par les consommateurs (augmentation des prix des matières premières et de l'énergie, inflation en hausse) et la plupart des indicateurs statistiques confirment une baisse du pouvoir d'achat", insiste le Crioc qui cite quelques exemples : 14,7 pc des Belges ne disposent pas d'un revenu de 860 €/mois pour un isolé et de 1 805 €/mois pour un ménage; l'inégalité de revenu est en hausse depuis 1990; quelque 338 933 personnes étaient surendettées en 2007, etc.

"Cette étude, proche de l'exercice de style, relativise les problèmes liés au pouvoir d'achat et ne montre pas les disparités au sein de la population. Elle laisse penser que l'augmentation du prix des produits apparue au cours de ces derniers mois aurait balayé 25 ans de croissance (légère) de pouvoir d'achat et minimise l'urgence d'une action rapide en faveur des consommateurs les plus démunis", conclut le Crioc.

"L'étude ne tient pas compte de l'évolution des besoins de la société", indique pour sa part Karine Lalieux, députée PS. "En comparant l'époque actuelle à celle d'il y a 25 ans, M. Defeyt oublie que les besoins ne sont plus les mêmes", souligne-t-elle. Et de regretter que l'étude "ne fasse pas référence à l'évolution de la distribution des revenus depuis 25 ans, alors que la masse globale des salaires a évolué sans être répartie équitablement".

En réaction, Philippe Defeyt dénonce "les petits calculs politiques" et souligne : "Constater une évolution positive du pouvoir d'achat sur le long terme n'est pas incompatible avec le constat d'une détérioration récente, pour certains, du pouvoir d'achat et d'une très inégale répartition de ce pouvoir d'achat". "Au contraire, dit-il, on devrait s'interroger : pourquoi et comment un gâteau plus grand (mais pas nécessairement plus appétissant) est-il moins bien réparti ?"