La presse allemande mentionne sans les commenter les attaques de dirigeants politiques et syndicaux belges contre la direction de Volkswagen, l'IG Metall et le "réflexe nationaliste" allemand. Le renvoi surprenant de trois quarts des effectifs à Forest jette un froid en Allemagne et provoque une certaine gêne.

En ayant la main lourde, le groupe de Wolfsburg risque de porter atteinte à l'image du pays dans le monde. L'opinion prévaut qu'une entreprise multinationale obligée de se restructurer doit répartir équitablement les sacrifices entre les sites domestiques et étrangers.

Dans l'Allemagne d'après-guerre ouverte sur le monde, il n'y a pas vraiment de nationalisme en affaires, contrairement à ce qui prévaut en France ou en Espagne par exemple. Le gouvernement a vendu au privé la plupart de ses participations industrielles. Le dernier groupe de l'Etat préparant son introduction en Bourse est la Deutsche Bahn.

La direction de VW rappelle que les usines ouest-allemandes font déjà l'objet d'une "profonde restructuration", le départ de 20 000 employés sur 100 000 ayant déjà commencé (de façon volontaire et primes à l'appui). Et le directeur du personnel Horst Neumann (voir photo) a évoqué la possibilité d'une nouvelle compression d'effectifs en Allemagne "dans deux à trois ans". De plus, fin septembre, l'IG Metall et le conseil d'entreprise ont accepté de passer de la semaine de 28,8 heures à celle de 33 heures sans compensation salariale. Dans un groupe où l'influence syndicale est traditionnellement très forte, c'était là une énorme concession. Le syndicat a agi pour le bien de l'entreprise, absolument obligée d'adapter ses coûts au niveau des concurrents. En contrepartie il a obtenu que, pour donner du travail à ceux travaillant plus longtemps, l'usine de Wolfsburg bénéficie de transferts de production d'autres sites.

Vu d'Allemagne, l'arrêt complet de la production de la Golf à Forest se justifie sans doute en termes d'optimisation des capacités. Mais moralement, le sacrifice exigé de Forest semble inconsidéré. Début novembre la "Frankfurter Allgemeine" avait déjà déploré que par le rapatriement de capacités "les collaborateurs étrangers paient le prix fort pour un accord profitant uniquement aux employés allemands".

© La Libre Belgique 2006