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Le secteur aérien est en survie

Philippe Lawson

Publié le - Mis à jour le

Réunie en assemblée générale annuelle à Kuala Lumpur (Malaisie), l’Association internationale du transport aérien (IATA) a revu à la hausse les prévisions de pertes du secteur pour 2009. Devant plus de 500 représentants des 230 membres de l’organisation, Giovanni Bisignani, directeur général et administrateur délégué de l’IATA, a indiqué lundi que le secteur devrait enregistrer, cette année, une perte globale de 9 milliards de dollars (environ 6,4 milliards d’euros), soit un montant deux fois plus élevé que les estimations annoncées en mars dernier (4,7 milliards de dollars, 3,35 milliards d’euros).

Signe de la rapide détérioration du secteur, les 50 plus grosses compagnies aériennes ont enregistré une perte de 3 milliards de dollars (2,12 milliards d’euros) durant le premier semestre 2009. Les pertes pour 2008 ont été révisées à la hausse : 10,4 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) contre 8,5 milliards de dollars (environ 6,1 milliards d’euros). Et les prévisions de recettes pour 2009 ne sont guère réjouissantes pour le secteur : les revenues vont chuter de 15 % passant de 528 milliards de dollars annoncés (environ 379 milliards d’euros) à 448 milliards de dollars (environ 321 milliards d’euros). "Je suis réaliste et je ne vois pas des éléments qui me poussent à l’optimisme. Notre industrie est en mode de survie. Que la crise soit longue ou courte, le monde change, les budgets de voyage ont été coupés et les consommateurs auront besoin de réduire leurs dettes. Les gouvernements, les partenaires et les compagnies doivent utiliser cette crise comme une opportunité pour bâtir une forte industrie. Ce qui signifie redimensionnement et réorganisation", a-t-il dit lors de cette 65e réunion annuelle.

Le trafic "passagers" devrait diminuer de 8 % à 2,06 milliards de voyageurs en 2009 contre 2,24 milliards en 2008. Le cargo devrait enregistrer une baisse de 17 % passant de 40,1 millions de tonnes en 2008 à 33,3 millions de tonnes en 2009. Il a rappelé le programme de simplification des opérations permettant de réduire les coûts (e-ticketing, etc.). Il aurait permis au secteur d’engranger une économie de 4 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) et l’objectif est d’arriver à une réduction des coûts de 10 milliards de dollars (environ 7 milliards d’euros) par un meilleur traitement des bagages et des procédures de voyages. Mais pas question de négliger la sécurité qui est une grande priorité des compagnies aériennes.

Au niveau du personnel, les dirigeants de l’IATA prônent davantage de flexibilité et augmentation de la productivité. "Ce n’est pas l’heure pour une augmentation des salaires. Pour protéger les emplois, nous devons moderniser nos façons de travailler, faire plus avec moins" , a martelé Giovanni Bisignani, confirmant ainsi que Brussels Airlines n’est pas la seule compagnie à tenir ce genre de discours. La compagnie aérienne belge veut notamment imposer à son personnel un gel des salaires pendant un an, la pension pour les pilotes de 55 ans et plus. L’objectif est de réaliser une économie de 50 millions d’euros en 2009. Selon Bernard Gustin, administrateur délégué de Brussels Airlines, les discussions sont déjà bien avancées avec le personnel et certaines mesures sont déjà d’application (lire interview ci-contre).

L’IATA mise également sur "l’avion vert" et annonce que les émissions polluantes du secteur diminueront de 7 % en 2009 (5 % liés à la baisse de la demande, 2 % provenant des actions entreprises par le secteur). "Les compagnies aériennes ont pris une grande décision. Aujourd’hui, nous prenons l’engagement de limiter la croissance des émissions de CO2 à zéro d’ici 2020 et de réduire celles-ci de 50 % d’ici à 2050" , a déclaré Giovanni Bisignani. Il a fustigé les mesures protectionnistes prises par les gouvernements pour faire face à la crise. "Nous demandons aux gouvernements de libéraliser progressivement l’accès aux marchés et au capital. La libéralisation des routes pourrait apporter 490 milliards de dollars supplémentaires dans l’activité économique et créer 24 millions d’emplois" , a-t-il conclu.

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