Passer les longs mois d’hiver sous le soleil doré des plages sénégalaises. De plus en plus de Belges le font. " Le climat s’y prête à merveille, explique Pierre Hazette, ancien ministre de l’enseignement de la Communauté française et inconditionnel de la légendaire Teranga (hospitalité) sénégalaise. L’homme séjourne plusieurs mois par an à Saly, sur la Petite-Côte à 80 km de Dakar. " Le Sénégal est une terre de tourisme trop méconnue des Belges. Après la saison des pluies (fin juin jusqu’à la mi-novembre), la saison sèche s’étend sur près de huit mois, avec des températures oscillant entre 25 et 30 degrés."

Pierre Hazette ne regrette pas une seconde d’avoir investi ses deniers sur la côte atlantique ouest-africaine. Selon lui, le dépaysement est garanti, la région est riche en visite de tous genres et les Sénégalais sont, "pour la plupart des gens agréables et soucieux de convivialité". "J’ai été délégué général de la Communauté française Wallonie-Bruxelles à Dakar d’août 2004 à juillet 2008.Au terme de mon mandat, nous avons estimé, ma femme et moi, que nous serions malheureux de quitter définitivement le pays." L’ancien ministre voit d’autres atouts pour le tourisme au Sénégal : le pays, "stable politiquement", a fait de gros efforts pour améliorer ses infrastructures, notamment routières. "Un nouvel aéroport est attendu dans les prochains mois qui se situera à 20 minutes de Saly", rappelle M. Hazette.

Car la distance (5 heures et demie d’avion depuis Bruxelles) reste l’un de freins aux achats de secondes résidences au Sénégal. Tout comme le prix du billet d’avion, maintenu à un niveau élevé. A noter d’ailleurs que le Sénégal vient d’instaurer un visa biométrique pour ses visiteurs venant d’un pays qui impose le visa d’entrée aux ressortissants sénégalais (dont la Belgique). "C’est 50 euros et des formalités dont on se passait bien", peste l’ancien ministre.

D’autres Belges ont été conquis par la Petite-Côte. "A partir de la Toussaint jusqu’en juin, c’est le rêve", enchaîne Evelyne Gessler, qui a craqué pour une villa à Saly, "son climat divin et la gentilesse de ses habitants", il y a près de dix ans. "Ici, c’est la Bretagne avec la chaleur et le soleil en plus." Selon elle, la côte sénégalaise est restée préservée. "O n y voit des petites maisons sympathiques, pas d’immeubles. Quand j’ai acheté, la côte était essentiellement fréquentée par des retraités français. Cela s’est internationalisé de manière positive. On voit de plus en plus de Belges et des Italiens aussi qui pêchent au gros durant l’été."

Nos Belges restent discrets sur les prix de leurs acquisitions, "très raisonnables" d’après eux. Poussons l’enquête. Davantage qu’une seconde résidence, certains de nos compatriotes y voient un véritable investissement. Selon eux, le prix de l’immobilier ne peut faire qu’augmenter au Sénégal dans les prochaines années. Homelidays, une agence française qui met en relation des particuliers, propriétaires et vacanciers, voit ainsi le nombre de résidences secondaires proposées en location en constante croissance ces dernières années (+23 % par an). "Les Français sont très majoritaires à proposer leurs biens, suivis des Belges", explique Aurélie Lorent de l’agence. A Saly, le prix de location à la semaine varie entre 300 et 800 euros en haute saison, deux fois moins cher durant l’hivernage. Selon Aurélie Lorent, l’attrait du Sénégal vient aussi du déclin du tourisme de la Côte-d’Ivoire "qui n’a pas récupéré ses niveaux antérieurs depuis la guerre civile subie il y a quelques années".

Partons plus au Sud et plus précisément à Cap Skirring, proche de la frontière de la Guinée-Bissau. "Ici, la moitié de la dizaine de promoteurs immobiliers sont wallons", explique Laurent Minguet, fondateur de la société EVS et qui a acheté et construit une dizaine de villas dans la région. "Saly, c’est Blankenberge. Le Cap Skirring, c’est Knokke", explique, sans ambages, l’ancien président du Cercle de Wallonie. Comprenez, cette partie du sud de la Casamance est huppée. Le chanteur français Didier Barbelivien et le comédien belge Benoît Poelvoorde y ont, notamment, leur pied-à-terre.

La vie du petit village de pêcheur, à côté du cap, a totalement été chamboulée avec l’arrivée du Club Med en 1973. Depuis, un aéroport international a été construit, mais la côte aurait échappé au bétonnage. Le lieu, à 700 km de route de Dakar, est encore plus difficile d’accès. On y vient surtout en avion-taxi, depuis la capitale sénégalaise. Autre frein au tourisme : la Casamance est réputée pour une certaine instabilité, voire insécurité. Un non-sens d’après M. Minguet. "A Cap Skirring, vous pouvez vous balader tout seul à minuit sur la plage, il ne vous arrivera rien."

Dans la localité, un bien se négocie 1 000 euros du m2, terrain compris. Soit 300 à 400 000 euros pour une villa de 300 m2, pieds dans l’eau. Mais les embûches sont nombreuses pour la personne désirant arriver à la propriété. "Le système de cadastre est compliqué, poursuit M. Minguet. Le droit coutumier, non écrit, se mélange au droit officiel."

Le Liégeois, qui a par ailleurs développé différents projets dans la région, dont un centre de tri de déchets, a ainsi dû négocier avec plusieurs membres d’une famille qui revendiquaient chacun la propriété du terrain. "Il faut bien expliquer son projet afin qu’il soit accepté par la communauté rurale. Au final, l’Etat sénégalais récupère 15 % sur la transaction et la propriété se négocie très souvent via un bail emphytéotique auprès des autorités."

D’autres imprévus peuvent survenir. Le notaire local a ainsi terminé en prison pour escroquerie, se rappelle Laurent Minguet. "En pratique, pas mal d’Européens construisent sans permis d’urbanisme, en se disant : ‘C’est l’Afrique, cela va s’arranger.’ Mais ils se trompent : un bulldozer a récemment détruit plusieurs villas installées illégalement à Saly."