Le taux d'intérêt minimum de 11 points de base sur les comptes d'épargne représente un défi pour les banques belges, étant donné le contexte de taux "incroyablement bas" et les taux négatifs pratiqués par la Banque centrale européenne (BCE), a laissé entendre le président de la fédération du secteur financier (Febelfin), Rik Vandenberghe, au cours d'une conférence de presse consacrée au bilan annuel de Febelfin.

Plusieurs responsables de grandes banques belges ont critiqué ces dernières semaines l'obligation faite aux banques de proposer au minimum 0,01% de taux de base et 0,10% de prime de fidélité, soit un taux d'intérêt total minimum de 0,11%. Et divers juristes ont dernièrement estimé que la loi, tout en proscrivant les intérêts négatifs, n'interdit pas d'appliquer des taux d'intérêt de 0%.

Le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt, a toutefois rappelé ce mercredi, dans les colonnes du Tijd, sa volonté de maintenir le taux minimum de 0,11% pour les comptes d'épargne, rejetant toute perspective de taux négatifs.

Du côté du Febelfin, on se veut prudent par rapport à un sujet "délicat" mais on souligne néanmoins toutes les difficultés du secteur. "Je comprends les épargnants qui reçoivent peu pour leur épargne. Mais d'un autre côté, les taux sont incroyablement bas, c'est du jamais vu sur les 100 dernières années", souligne Rik Vandenberghe, tout en rappelant combien cette situation pèse sur la rentabilité du secteur bancaire.

Le président de Febelfin attire également l'attention sur les taxes qui touchent les comptes d'épargne réglementés en Belgique. Ces taxes (taxes d'abonnement et contribution au système de protection des dépôts) représentent près de 32 points de base, "ce qui fait 43 points de base en tout à payer pour les banques", selon Rik Vandenberghe. Une diminution de ces taxes permettrait d'offrir une certaine marge de manœuvre aux banques, estime-t-on encore.


"Croissance exceptionnelle" de la banque mobile en Belgique

Le nombre de souscriptions à la banque mobile a connu en 2015 un "croissance exceptionnelle" de 1,1 million de souscriptions, pour atteindre un total de 3,19 millions d'abonnements, ressort-il également du bilan annuel de la fédération du secteur financier. Par rapport à 2013 (1,04 million), le nombre d'abonnements à la banque mobile a même triplé. En 2011, il y a à peine cinq ans, on ne comptait que 0,14 million de souscriptions à la banque mobile en Belgique.

Un succès qui s'explique par "une facilité d'utilisation pour ce qui concerne la consultation des comptes mais aussi pour le paiement", selon le président de Febelfin, Rik Vandenberghe.

S'agissant de la banque en ligne, on comptait en Belgique l'an dernier un total de 11,1 millions de souscriptions, contre 10,6 millions en 2014, soit quasiment davantage que le nombre de Belges.

Pour Febelfin, tant la banque en ligne que la banque mobile sont "des outils sûrs, faciles et rapides" pour effectuer des opérations bancaires. Mais ces outils soulèvent également certaines préoccupations, notamment en matière de protection des données privées et de respect de la vie privée.

Febelfin a mené une étude sur la banque numérique et la vie privée dont il ressort que 96% des clients interrogés jugent que le solde de leur compte bancaire est une information "très sensible" ou "plutôt sensible". Une très nette majorité des clients jugent également "très sensible" ou "plutôt sensible" leur numéro de compte bancaire, leurs investissements ou encore leurs revenus.

Cette enquête révèle en outre que 81% des répondants font confiance à leur banque pour le traitement des données personnelles. La banque se trouve à cet égard derrière le médecin ou la police mais loin devant les entreprises internet ou Facebook, ce qui fait dire au président de Febelfin que "les banques ont une carte à jouer à ce niveau-là face à d'autres joueurs sur internet". "On a la confiance des clients dans ce domaine mais il faut agir pour continuer à mériter cette confiance", estime Rik Vandenberghe, pour qui il s'agit là d'un "message-clef pour l'avenir des banques".

Febelfin a par ailleurs rappelé les investissements importants réalisés par les banques belges pour renforcer la cybersécurité. Le secteur financier va ainsi mettre en place prochainement une plateforme d'échanges d'informations entre les institutions financières en matière de cybersécurité, ce qui doit permettre au secteur d'être mieux armé pour lutter contre la cybercriminalité.

Les chiffres en la matière restent assez rassurants en Belgique. En 2015, 283 fraudes ont été recensées (277 en 2014) pour un montant total perdu de 1,018 million d'euros (653.082 euros en 2014).


Le nombre d'agences bancaires a poursuivi sa diminution en 2015

On dénombrait en 2015 en Belgique un total de 6.552 agences bancaires, contre 6.810 un an plus tôt, selon Febelfin. Le nombre d'agences bancaires en Belgique est en constante diminution depuis plus de 10 ans. En 2000, on en comptait encore 12.751 dans le pays.

Cette réduction par les banques de leur réseau d'agences s'accompagne d'une évolution majeure dans les modèles bancaires, marqués notamment par des services "toujours plus omnicanaux" et adaptés aux attentes de plus en plus numériques des clients. "Un défi mais aussi une opportunité pour le secteur", selon Rik Vandenberghe.

Febelfin constate par ailleurs que la banque mobile est en pleine ascension en Belgique (+1,1 million en 2015 à 3,19 millions d'abonnements) tandis que le nombre de souscriptions à la banque en ligne a pour sa part dépassé la barre des 11 millions l'an dernier.

Pour autant, le président de Febelfin ne voit pas venir la fin des agences. "La suppression complète du réseau d'agences physiques n'est pas à l'ordre du jour. C'est prématuré. Mais il y a une tendance", constate Rik Vandenberghe.

Actuellement, à peine un tiers des clients environ se rendent encore régulièrement dans les agences pour y effectuer des transactions.