Quinze millions d'euros. Telle est la somme assez impressionnante que la petite société belge Motion Investment Group (MIG) espère lever cette année. De l'argent qui devrait directement profiter au cinéma belge, vu que MIG vend un produit financier basé sur le «tax shelter». Pour rappel, cet incitant fiscal lancé par le gouvernement pour doper la production audiovisuelle en Belgique offre aux sociétés investissant dans cette production une exonération d'impôts immédiate de 150 pc du montant investi.

En peu de temps, MIG s'est imposé comme le leader du «tax shelter» en Belgique. La société, fondée par trois jeunes bardés de diplômes, a levé 8,5 millions d'euros en moins de deux ans. Sa recette? Elle fait miroiter aux investisseurs un rendement net de l'ordre de 30 pc et surtout, elle les rassure avec un prospectus approuvé par la CBFA (Commission bancaire, financière et des assurances) et un «ruling» délivré par l'administration des finances, soit une sorte de «blanc-seing fiscal» garantissant aux investisseurs que le produit financier en question est solide. Des arguments qui ont permis à MIG d'attirer des noms tels que Ethias, Lunch Garden, Panos, Ciné-Télé Revue, ou Berghen.

Verhoeven et Poelvoorde

Bien sûr, on ne peut jamais être sûr qu'un film va marcher. Pour limiter les risques d'échec, MIG base donc son produit financier sur un panier de films. En 2005, la société a choisi, par exemple, d'investir dans cinq films: trois majoritairement belges («Pom le poulain», «Khadak» et «Fly me to the moon», un film d'animation 100 pc belge) et deux coproductions internationales («Zwartboek» et «Astérix aux Jeux Olympiques»).

«Ce choix de films s'inscrit tout à fait dans la philosophie du tax shelter, dont l'objectif est d'aider les films belges, mais aussi de faire participer les techniciens et les acteurs belges à des coproductions internationales», explique Adrian Politowski, un des trois fondateurs de MIG. «Nous sommes particulièrement contents d'avoir pu investir dans «Zwartboek» de Paul Verhoeven, qui est la plus grosse production en néerlandais de tous les temps, et dans le nouvel Astérix, qui est la plus grosse production en français». Dans le cas d'Astérix, l'argent du «tax shelter» servira notamment à amener certains techniciens et équipements belges sur le tournage... et à assurer une partie de la rémunération de Benoît Poelvoorde.

La loi ajustée?

Pour Jeremy Burdek, un autre des cofondateurs, nous n'en sommes pourtant qu'au début du «tax shelter» en Belgique. «Nous sommes encore loin d'une saturation du marché», dit-il, en précisant que les fonds levés par MIG pourraient encore doubler en 2007 par rapport à 2006.

Mais Nadia Khamlichi, la troisième fondatrice, rajoute que la réalisation de cet objectif dépendra d'une adaptation de la loi. Présent au Festival de Cannes en mai dernier, le ministre des Finances Didier Reynders avait annoncé en effet qu'il planchait sur certains ajustements, parmi lesquels une augmentation du plafond d'investissement jusqu'à un ou même deux millions d'euros, et un possible élargissement du «tax shelter» aux personnes privées.

© La Libre Belgique 2006