En prélude au Congrès des Economistes qui se tiendra à Liège le 25 novembre prochain sur le thème "Croissance, réalités et perspectives", la Société royale d’économie politique (SREPB) organisait une conférence sur le thème "Après le tax shift, quelle réforme fiscale ?". La question qui semble se poser d’emblée est de savoir si une réforme fiscale promue sur base d’éléments comme la compétitivité et l’équité permettrait un retour à la croissance économique.

Consommation et pollution

"Il faut admettre que nous connaîtrons une croissance plus faible. Pour que la croissance soit soutenable, la fiscalité peut être utilisée comme ingrédient mais ce sera un petit élément car la croissance dans notre pays dépendra essentiellement de la croissance en Europe", souligne Etienne de Callataÿ, professeur à l’Université de Namur et président de la SREPB. Cet économiste relève que le bon impôt n’existe pas et il présente quelques pistes pour la Belgique sans vouloir distribuer de bons ou de mauvais points aux décisions qui ont été prises et dont les détails n’ont pas encore été dévoilés. "La Belgique se caractérise par une abondance de spécificités. Certaines mesures sont génétiquement antieuropéennes comme les intérêts notionnels, le tax shelter ou les accises trop basses sur le tabac. Nous avons, par ailleurs, un taux de taxation agrégé élevé, une taxation immobilière vieille et un faible taux de TVA par rapport à l’étranger. Il y a donc des pistes pour améliorer notre fiscalité", estime Etienne de Callataÿ.

La taxation sur le travail est élevée alors que la consommation et l’immobilier sont de bons candidats pour une réforme fiscale. C’est aussi la pollution qui est pointée du doigt. A l’heure du scandale Volkswagen, ce point prend davantage d’acuité. "Nous sommes trop laxistes sur ce thème. Quand on voit le diesel, le mazout de chauffage, le gaz, les avantages octroyés aux transporteurs routiers ou aux agriculteurs concernant le diesel, on se dit qu’il y a matière à réguler." La taxation environnementale devra faire l’objet d’une réflexion. Ce point est partagé par Gaëtan Nicodème de la Commission européenne. "Ces taxes sont trop faibles en Europe. Nous avons réglementé mais pas suffisamment taxé. Des débats vont s’ouvrir car il faudra analyser l’effet de cette taxation environnementale sur la compétitivité", reconnaît cet économiste.

Car au-delà de la croissance, c’est surtout la compétitivité qui doit être améliorée. Cela peut passer par une réduction des charges sur le travail qui pourrait être compensée par une taxation sur la consommation (hausse de la TVA). Certains estiment que la taxation sur la consommation n’est pas une mesure sympathique ou sociale mais les cotisations sociales n’ont rien de sociales si elles pénalisent le travail.

La plupart des pays européens ont opéré ce glissement vers une hausse de la TVA mais ce glissement ne s’est pas fait parallèlement dans tous les pays européens. "La croissance peut, à la marge, être influencée par une bonne fiscalité mais il faudra une coordination européenne et stimuler l’offre et la demande de travail tout en favorisant l’efficacité", conclut Etienne de Callataÿ. La fiscalité n’est donc pas un remède miracle pour relancer la croissance mais est un adjuvant utile.Isabelle de Laminne