Cette semaine, la SNCB a lancé une campagne promotionnelle pour inciter davantage de gens à prendre le train. Le spot de 30 secondes, réalisé par Jaco Van Dormael, est diffusé à la télévision, dans les cinémas et sur Internet.

Qu’y voit-on ? Un train moderne, propre, pas bondé, qui trace dans la campagne et qu’on imagine parfaitement à l’heure ; un public hétérogène (une grand-mère et son petit-fils partant en excursion, une troupe de louveteaux qui chahutent gentiment mais bruyamment, des ados, des adultes…) qui prend visiblement plaisir à voyager en train, des accompagnateurs tout sourire et aux petits soins pour les passagers, deux agents de Securail qui veillent discrètement à la sécurité de ce petit monde. De quoi, effectivement, donner envie d’adopter le rail comme mode de transport.

Mais si l’on compare ce film à la réalité des navetteurs, la différence est abyssale. "Hallucinant. La SNCB est vraiment déconnectée de la réalité vécue par ses voyageurs. Gros bad buzz", a d’ailleurs commenté un internaute, au sujet de cette campagne de pub. Car...

S’entasser comme des bœufs dans les trains aux heures de pointe, sans garantie même d’avoir une place assise alors qu’on a payé un abonnement ; c’est aussi ça la réalité du rail ;

Faire un trajet de 120 km dans un train hors d’âge, avec ses inconfortables banquettes en skaï et sans climatisation, c’est aussi ça la réalité du rail ;

Subir quand on rentre d’une longue journée de boulot, au point de changer de voiture, la présence de 50 scouts surexcités en partance pour le camp d’été, avec leurs gros sacs déposés n’importe où et qui monopolisent les toilettes pendant tout le trajet, c’est aussi ça la réalité du rail ;

Manquer de se faire éborgner (comme on le voit dans le spot mais sans que cela pose problème) par le manche du guidon d’un vélo pliant que son propriétaire essaie maladroitement de le ranger on ne sait où mais dans l’allée centrale, c’est aussi ça la réalité du rail.

Sans compter que certains accompagnateurs ne sont pas aussi souriants, bienveillants et disponibles que ceux qui apparaissent dans le spot ;

Sans compter que les trains sont souvent loin d’afficher la propreté étincelante de celui figurant dans cette campagne publicitaire.

On rêve, bien sûr, de trajets en train aussi idylliques que ceux présentés par la SNCB dans sa campagne mais, pour cela, il faudra que les pouvoirs publics remettent enfin la main au portefeuille et financent le rail à hauteur des demandes légitimes des opérateurs SNCB et Infrabel.

Car plus d’argent et de personnel, cela voudra dire des trains plus nombreux, plus ponctuels, plus propres, plus confortables et moins bondés. Cela voudra dire un personnel de bord plus détendu, plus à même de consacrer du temps aux passagers car il ne sera plus écrasé par une charge de travail souvent intolérable (et on pense aussi aux agents de nettoyage).

On en rêve, on en rêve, parole de navetteuse.