Le gouvernement des Etats-Unis joue les pompiers. Pour éviter que la crise financière continue à se propager, le Trésor US a mis sous tutelle les deux organismes de refinancement des prêts hypothécaires, Freddie Mac et Fannie Mae. Après l'annonce de cette mesure exceptionnelle dimanche, les marchés financiers du monde entier ont réagi très favorablement lundi. Le plan de sauvetage des deux géants du marché hypothécaire américain n'a pas encore de contours très précis. On sait qu'il comporte un budget indicatif de 200 milliards de dollars (140 milliards d'euros). Mais a priori, l'Etat fédéral américain ne devrait pas épuiser toute cette cagnotte. Il a prévu "jusqu'à" 100 milliards pour chacune des deux sociétés de refinancement, lesquelles détiennent ou garantissent plus de 40 pc de l'encours des prêts immobiliers aux Etats-Unis (voir infographie).

Lundi, le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, cité par l'AFP, a indiqué qu'il n'existait pas d'évaluation du coût du sauvetage de Freddie Mac et de Fannie Mae. Les deux organismes placés sous tutelle ont perdu en tout 14 milliards de dollars sur les quatre derniers trimestres et sont endettés à hauteur de 1600 milliards, selon des statistiques de Reuters. Freddie Mac et Fannie Mae sont placées sous l'autorité de la Federal housing finance agency (FHFA) qui a pris la décision de les placer sous tutelle voici environ une semaine, en concertation avec le Trésor US. Conséquences pratiques : les directions des deux compagnies ont dû laisser la place à des dirigeants nommés par les autorités et l'Etat américain recevra un milliard de dollars en titres préférentiels et des options lui permettant de revendiquer jusqu'à 80 pc du capital des deux sociétés.

"Le citoyen va régler la note"

L'intervention est donc musclée, ce qui n'a pas manqué de susciter des commentaires dans le monde financier. En fait, nous rappelle un acteur du marché belge des capitaux, "cette opération rappelle la prise en mains des banques d'épargne américaines, les "savings and loans", qui ont vu leur statut revu et corrigé à la fin des années '80 aux Etats-Unis. Ici, il ne s'agit finalement que de choisir entre deux additions, et le gouvernement a choisi de régler la plus légère, même si c'est le citoyen américain qui va finalement devoir régler la note. Le principe étant de contrer à la base une crise qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l'économie américaine".

Mais le principe est une fois de plus, de nationaliser des pertes ? Un responsable d'une grande banque américaine (qui a préféré conserver l'anonymat) préfère nuancer l'analyse : "Tout d'abord, oui, il s'agit clairement d'une nationalisation... Mais Fannie Mae et Freddie Mac étaient déjà dans leur genre, des institutions pratiquement parastatales... cotées en Bourse. Ici, on ne fait que modifier le statut des entreprises, au détriment d'actionnaires qui ont investi dans du capital à risque. Il faut savoir que le but principal de l'intervention est de stopper la baisse du marché immobilier aux Etats-Unis", précise-t-il.

"Cela devrait, à terme, réduire le "credit spread", soit la différence entre le taux des obligations d'Etat (sans risque) et les taux hypothécaires. Le gouvernement va en effet pouvoir décider de renégocier toute une série d'emprunts pour éviter que trop de particuliers fassent défaut - ce qui met encore plus de pression sur le marché immobilier - et que ces derniers se fassent éjecter de leurs maisons. Cela ne résoud pas instantanément tous les problèmes du système financier et du marché immobilier américain. Et surtout, cela crée un débat sur le fait de savoir si c'est au gouvernement d'intervenir massivement avec l'argent du contribuable. Mais à mon avis c'était inévitable, et c'est probablement un pas dans la bonne direction..." Le premier ?