A La Rochelle

A l’automne prochain, la RTBF mettra en ligne son premier webdocumentaire. "La loge du sein" précédera la diffusion, en octobre, du documentaire "Mes deux seins, histoire d’une guérison" de Marie Mandy. En cours de production, le projet Web devrait obtenir un financement spécifique. Une première pour la chaîne publique, qui ne dispose pas de guichet dédié aux webdocumentaires. "C’est encore à clarifier. Pour le moment, nous puisons dans l’enveloppe dédiée aux documentaires, soit 1,8 million d’euros pour 2010, dont 470000 euros dégagés par la Communauté française" , nous précise Wilbur Leguebe, responsable des documentaires à la RTBF.

Le projet web de Marie Mandy lui permettra d’utiliser des rushes qui n’ont pas trouvé leur place dans le doc classique. "Il y a une nette distinction entre le doc linéaire et le webdoc. Mais il est encore impossible de faire du webdoc qui ne soit pas combiné à un documentaire destiné à l’antenne", avance M. Leguebe.

La RTBF a également donné son accord pour un deuxième projet, développé par Patrick Jean, en marge d’une série documentaire consacrée aux phénomènes paranormaux. Le réalisateur avait développé un site Internet autour de "La domination masculine", mais il a l’intention d’aller plus loin. "On adapte encore des sujets classiques et on ajoute de l’interactivité. Nous devons inventer de nouveaux concepts. C’est un changement culturel qui dépasse ce qu’on peut imaginer. L’outil Internet permet de raconter les choses de manière non linéaire. On cherche encore, c’est un terrain de création", note le réalisateur.

"Avec ce nouveau projet, nous serons, comme dans les serious games, à la frontière entre le réel et le virtuel. Le documentaire aura une interaction avec la vie réelle." L’interface du site a été confiée à Upian, société française conceptrice du site de "Prison Valley" (Arte). Wilbur Leguebe étudie enfin un projet multimédia développé par un journaliste du "Soir" pour le journal, la télé, et le Web. "Sur les nouveaux médias, nous sommes loin de ce qui se passe en France, où le CNC a ouvert un budget dédié aux webdocumentaires. Et le webdoc n’est pas une alternative économique au documentaire. Cela ne coûte pas moins cher si on veut bien le faire", tempère Eric Franssen, directeur de Wallonie Bruxelles Images.

A part Canal +, qui attend toujours "la proposition géniale, moins calquée sur l’écriture documentaire classique", les chaînes françaises sont de moins en moins frileuses en matière de webdoc. France Télévisions vient de mettre en ligne le troisième volet de ses "Portraits d’un nouveau monde" (l’urbanisation) et développe un projet sur l’amour et le couple. Sans guichet dédié au webdoc, le groupe accompagne aussi "La vie à sac", développé par Capa à l’occasion des 30 ans de Médecins du monde, ainsi que "Facing Change", dix documentaires multimédia portés par des photographes américains sur l’Amérique d’Obama après la crise.

Du côté d’Arte, l’expérience de citizenmaria.fr, webdoc citoyen et interactif sur la crise grecque, se terminera le 9 juillet, et la chaîne soutient le développement d’une série de webdocs sur les ex-républiques soviétiques, 20 ans après la chute de l’URSS. Elle vient également de signer un accord de deux ans avec l’Office national du film (ONF) du Canada pour développer des projets communs.

L’ONF a une petite longueur d’avance, avec des webdocs comme "Ecologie sonore" sur la pollution par le bruit (www.onf.ca). "Depuis avril 2010, le Fonds des médias ne délivre plus de soutien aux documentaires s’il n’y a pas d’autres applications à valeur ajoutée créative", explique Monique Simard, responsable des programmes francophones à l’ONF, qui mettra, dès septembre, pas moins de trois webdocs en ligne par mois, autour de la santé mentale, la crise, ou l’immigration. L’organisme public est allé chercher dans les boîtes de pub de jeunes talents pour travailler sur de nouvelles formes de création. Ce qui n’empêche pas les réalisateurs plus traditionnels d’investir ce champ.