Certains les adulent, d'autres les détestent mais les 4x4 ou SUV (Sport Utility Vehicules) font l'unanimité sur un point : ils occupent de plus en plus le terrain. Ils font partie des vedettes du "Salon des véhicules utilitaires légers, véhicules de loisirs et motos" qui a ouvert ses portes au grand public, ce samedi, au Heysel à Bruxelles. En 10 ans, leurs ventes, en Belgique, ont été multipliées par cinq, passant de 8 766 immatriculations en 1996 à 39 801 en 2006, selon les derniers chiffres de la Febiac, la Fédération belge de l'industrie de l'automobile et du cycle. Pourquoi ? "L'offre dans ce segment s'est fortement développée et diversifiée. On en trouve aussi bien des petits que des grands", explique Nadine Atanassoff, conseillère économique à la Febiac.

A l'origine, un 4x4 a pour vocation de se mouvoir sur des terrains difficiles (terre, eau, neige, sable). Il est adapté à certaines professions comme garde forestier, spécialiste des sauvetages en montagne, militaire en fonction, vétérinaire de campagne, etc.

Or, aujourd'hui, il n'y a qu'une petite minorité de 4x4 qui sont réellement destinés à rouler sur tous les terrains. Certains modèles adoptent la silhouette d'une jeep mais ne disposent pas de roues motrices permanentes, d'autres sont tout simplement des breaks ou des monovolumes surélevés au look plus aventurier. "Les SUV sont très "tendance". Ils donnent une image dynamique. Leur look plaît tant aux hommes qu'aux femmes qui se sentent davantage en sécurité dans ce type de véhicule rehaussé", observe la conseillère de la Febiac. De purs véhicules utilitaires qu'ils étaient, les 4x4 et autres SUV sont à présent confortables et polyvalents, voire luxueux. Il y en a pour tous les goûts. Y voyant un marché juteux - les SUV sont un moteur clé de la rentabilité du secteur -, la plupart des constructeurs

ont lancé leur propre gamme de 4x4, taillant des croupières aux spécialistes historiques Jeep et Land Rover. Les asiatiques, comme Toyota, Huyndai et Nissan, ont pris de court les constructeurs européens. Leur Rav4 et autres Tucson sont, depuis quelques années, les modèles de SUV les plus vendus en Europe. A eux trois, les groupes s'adjugent 40 pc du marché belge qui a lui-même encore progressé de 5,3 pc en 2006 malgré la suppression de l'entourloupe fiscale (lire ci-desssous).

Avec 39 801 véhicules immatriculés en 2006, les "tout-terrain" représentent près de 8 pc du parc automobile belge. C'est davantage que sur le marché européen où ils totalisent 6 pc du parc roulant (à comparer à 1,7 pc en 1992).

Comme tentera de le démontrer l'exposition "SUV Forever" qui leur est consacrée au Salon de Bruxelles, les 4x4 ne sont pas une mode appelée à passer. "Nous voulons remettre les choses dans leur contexte historique et démystifier les préjugés du genre : les 4x4 sont une mode, c'est pour les machos et ça vient des Etats-Unis", précise Benoît Morenne, le commissaire du Salon.

Selon les prévisions, le segment des SUV compacts en Europe de l'Ouest devrait passer d'environ 344 000 véhicules vendus en 2005 à presque 400 000 d'ici 2010. Raison pour laquelle les constructeurs français, à la traîne, se lancent encore dans l'aventure (lire ci-dessous).

Les SUV font désormais clairement concurrence aux monovolumes et breaks. De plus en plus de cadres supérieurs et de chefs d'entreprise roulent dans ce type de véhicule. Chez Mercedes, un 4x4 (Mercedes ML) sur cinq vendu l'année dernière (2 180 au total) l'était en leasing. "Le paquet off road n'est demandé que sur 5 pc des Mercedes ML. Cela montre bien que l'on ne prend pas ce type de véhicule pour faire du tout-terrain", indique Julie Engelborghs, la porte-parole de Mercedes Car Group.

Les SUV ont aussi leurs détracteurs et ils feront entendre leur voix pendant le Salon. Le group d'action "4x4info", un collectif qui dénonce "la prolifération des tout-terrain en ville" et qui veut "sensibiliser aux répercussions de ces voitures sur l'environnement, notre santé et la sécurité routière". Il y a d'autres associations qui militent pour la même cause : les "dégonfleurs" en France et les "flagadas" en Belgique, connus pour leurs actions de dégonflage de pneus des 4x4 en ville la nuit. Ils estiment que ces véhicules, initialement conçus pour la campagne, "n'ont rien à faire en milieu urbain où du fait de leur poids (jusqu'à 2,5 tonnes), de la rigidité de leur structure et de leur hauteur, ils représentent un grave danger pour la sécurité routière dans nos rues".

Une étude, publiée ce samedi par la revue britannique New Scientist, montre que les propriétaires de 4x4 conduisent plus dangereusement que les autres automobilistes.

L'autre grande critique est d'ordre écologique. Les "tout-terrain" consomment en moyenne bien plus de carburant (surtout en ville) et émettent une quantité moyenne plus importante de gaz CO2 responsables de l'effet de serre.

A titre d'exemples, une Porsche Cayenne (essence) consomme 13 à 16 litres aux 100 km. Quant au Hummer, cet énorme engin initialement conçu pour l'armée américaine (31 unités vendues en Belgique en 2006), sa consommation peut atteindre jusqu'à 40 litres aux 100 km. Mais c'est là un cas extrême.

"Une Rav4 ou une Tucson, les deux SUV les plus vendus en Belgique, consomment 6,6 à 7 l/100km, comme une berline", insiste Nadine Atanassoff de la Febiac.