Correspondant en Allemagne

La tension est à son comble. Pour beaucoup des 23 000 employés des emplacements allemands d'Airbus, le report de la décision sur la restructuration du groupe ne présage rien de bon. Il n'y a que Christian Wulff, ministre-Président de la Basse-Saxe, où travaillent plus de 5 000 personnes d'Airbus, qui veut voir le bon côté de la chose. "Une décision bien réfléchie est préférable à un coup rapide", a-t-il lancé hier. Les dirigeants politiques, le syndicat IG Metall et le personnel de Deutsche Airbus sont très nerveux parce qu'ils sont convaincus que les sept usines allemandes d'Airbus devront supporter le majeur poids de l'assainissement. Début février, 24 000 métallos avaient manifesté dans le nord de l'Allemagne, beaucoup plus qu'en France.

Les journaux allemands écrivent que 8 000 à 10 000 des emplois allemands sont sur la sellette, ce qui paraît exagéré. Ils semblent ignorer que la direction de Toulouse envisage tout au plus 10 000 départs dans les quatre pays où produit Airbus, Allemagne, France, Royaume Uni et Espagne. Si l'information du journal "Les Échos" sur 3 000 à 4 000 départs tant en France qu'en Allemagne se confirmait, le soulagement serait grand outre-Rhin.

De toute façon, Airbus n'a apparemment pas l'intention de fermer des sites; il les céderait plutôt à des sous-traitants ou à des investisseurs financiers, de sorte que la plupart des emplois seraient saufs. On avance que trois usines quitteraient le groupe : Nordenham (2 300 employés), Varel (1 400) et Buxtehude (400), totalisant 4 100 emplois.

Jamais dans l'après-guerre, une restructuration d'entreprise n'a été exposée à des pressions politiques allemandes aussi fortes. Depuis des années l'impression prévaut que, chez Airbus, l'interventionnisme français l'emporte sur l'attitude libérale allemande. "La restructuration doit être répartie raisonnablement sur les emplacements européens et ne pas s'exercer au détriment de l'Allemagne", a déclaré le ministre social-démocrate du Travail, Franz Müntefering. Et d'ajouter : "Nous, Allemands, devons être fair-play à l'égard d'autres pays, mais pas au point d'être bêtes. Il faut quand même défendre ses intérêts." Berlin fait tout pour maintenir la parité avec la France dans EADS, la société-mère d'Airbus. Il y a dix jours, sur intervention de la chancelière Merkel, un consortium de banques privées et publiques avait repris 7,5 pc des 22,5 pc d'actions de Daimler Chrysler; l'Etat français et Lagardère possèdent eux aussi 22,5 pc des parts.

Dans ces conditions, il faut présumer que la restructuration d'Airbus répondra à une logique politique plutôt qu'industrielle.