Quelle est l’attitude, chez nous, des banques aidées par les pouvoirs publics ? Pour Pascal Jonnaert, spécialiste du recrutement de haut niveau dans le secteur bancaire, c’est surtout pour 2008 que les banques ont ajusté le tir en matière de bonus. "En règle générale, sauf accords particuliers, on a limité les bonus à un mois de salaire, en justifiant la décision par la situation dans les grands centres financiers comme Londres ou New York. Mais, à ma connaissance, les gestionnaires des ressources humaines des grands ensembles se sont rencontrés en début d’année ". Pour définir une politique commune en matière de rémunérations et d’intéressement ?

Ce qui est sûr, c’est que les banques sont toujours forcées de faire preuve de largesse envers les opérateurs importants pour les retenir. "On a fait un effort pour les commerciaux, c’est évident", concède Pascal Jonnaert.

On nous a par ailleurs confirmé que ces "efforts" ont poussé certaines grandes maisons à procéder à des licenciements puis à des réengagements sous forme de contrats de consultance. Une manière de contourner le problème qui avait été mise en œuvre dans le cas de l’ancien directeur financier de Fortis, Gilbert Mittler, censé quitter l’entreprise avec une prime de 4 millions d’euros, pour y revenir sous contrat de consultance, toujours au plus haut niveau de la banque.

Qu’en disent les principaux concernés ? Chez Fortis, devenue entre-temps BNP Paribas Fortis, on a été forcé de réagir assez tôt dans la crise, chute abyssale oblige. "Il a été décidé de supprimer les bonus du top management pour l’année 2008 et de les réduire pour les employés selon leur niveau, selon une échelle dégressive", nous assure Liliane Tackaert, porte-parole de la banque en Belgique. Le sujet est encore très chaud, manifestement, et Fortis est entrée dans la phase d’intégration dans le groupe BNP Paribas

Liliane Tackaert se contente donc de nous indiquer, de manière elliptique, qu’"il est encore trop tôt pour s’étendre sur les détails à propos des rémunérations variables. Nous nous alignons sur le marché en matière de rémunérations, ni plus ni moins. Mais nous nous attendons à ce qu’il soit plus raisonnable que par le passé". Trop tôt ? "Plus loin dans le processus d’intégration, on va probablement en parler", se contente-t-elle d’ajouter. Comprenons : ce n’est pas, d’évidence, une priorité chez BNP Paribas Fortis.

De même, chez KBC, le top management n’a pas vu la couleur des bonus auxquels il pouvait prétendre. La décision de ne pas accorder de bonus pour l’année en cours aux membres du comité de direction a été prise dans le courant du mois de septembre 2008, précise le service de presse de KBC, soit avant la première aide financière fournie par le gouvernement fédéral. Rien n’a (encore) été prévu pour 2009. Pour les autres membres du personnel, la rémunération variable a été recadrée en concertation avec les organisations syndicales pour les années 2008 et 2009 selon le principe "les épaules les plus fortes supportent les charges les plus lourdes", et ce en échange de la garantie d’emploi en Belgique jusque fin 2009.

Chez Dexia, tous les membres des comités de direction et exécutifs des principales entités du groupe ont renoncé à la totalité de leur bonus de l’année 2008. Là encore, rien n’a été décidé quant à d’éventuels bonus pour l’année 2009. Pour les autres membres du personnel du groupe Dexia, la réduction des rémunérations variables va de 30 à 60 % "en fonction du niveau de responsabilité" et ce, pour l’année 2008. Enfin, "l’enveloppe de bonus affectée aux activités de trading a été portée à zéro", précise Dexia.