Les banques avaient une très bonne vision à court terme de leur position de liquidités avant la crise, mais l'analyse du risque à moyen ou long terme n'était pas perçue comme prioritaire, a relevé vendredi un expert de la Commission spéciale chargée d'examiner la crise bancaire et financière.

Parallèlement au travail des députés et sénateurs, les quatre experts désignés par la commission s'entretiennent très régulièrement avec les acteurs de la crise: banques, CBFA, BNB, etc. Interrogé par Yvan Mayeur (PS) et Hugo Vandenberghe (CD&V), l'un d'eux a jugé, sur base des documents récoltés, que les banques avaient une très bonne visibilité de leur position de liquidités à court terme (soit à quelques jours près).

En revanche, le risque à plus long terme (5 à 6 mois) ne semblait pas être perçu comme prioritaire par ces banques, jusqu'au surgissement de la crise de fin septembre. Il y a donc eu un sentiment d'inéluctabilité lorsque la crise est apparue, selon les experts, qui vont se pencher sur le degré de proactivité à ce niveau.

Olivier Hamal (MR) a pour sa part insisté sur les retraits d'actionnaires "institutionnels" au moment de la crise Fortis, fin septembre. S'interrogeant sur un jeu spéculatif éventuel, qui pourrait avoir favorisé BNP Paribas par l'intermédiaire de sociétés internationales, il a demandé les noms des actionnaires qui se sont retirés et les montants concernés, ce que les experts se sont engagés à demander aux banques, sans toutefois avoir bon espoir d'une réponse. Concernant l'opération ABN Amro, les experts ont également souligné le peu d'anticipation des difficultés de démantèlement et d'intégration, qui ont finalement duré longtemps entre 2007 et 2008, embarquant le consortium dans lequel était montée Fortis jusqu'à la crise de l'été.

Les experts pointeront aussi du doigt dans leur rapport les "stress-tests" que les banques mènent sur leur solidité en cas de crise. Ces tests n'avaient pas envisagé une crise de l'ampleur de celle de l'été 2008.

La commission prolongée d'une semaine "Ils sont dépassés, il faudra que les banques les revoient", relèvent les experts, entre autres futures recommandations qu'ils sont appelés à rendre à la commission pour la fin mars. La Commission, elle, devrait rendre ses résolutions pour la mi-avril, mais l'ampleur de la matière a fait naître vendredi l'éventualité d'un prolongement des travaux d'une semaine.

La semaine prochaine s'annonce chargée pour la commission, avec les auditions des membres du groupe de pilotage (les experts qui ont été chargés d'accompagner le gouvernement dans la crise), de l'ancien patron d'ING Michel Tilmant, mais aussi des partenaires sociaux. On notera la venue, mercredi, de l'administrateur délégué de Dexia, Pierre Mariani, et de l'ancien président du conseil d'administration Pierre Richard.

Pour vendredi, la commission avait invité plusieurs personnalités internationales, telles que le président de la BCE, Jean-Claude Trichet; la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde; le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker; le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos; ou la Commissaire européenne à la Concurrence, Nellie Kroes. Mais aucun d'eux n'est encore inscrit au programme.