Oserait-on dire que les Belges aiment manger chez eux mais… pas trop cuisiner ? Selon une étude réalisée par la société française TNS Sofres pour l’association belge Bemora ((Belgian modern restaurants association), d’entre tous les Européens, ce sont ceux qui emportent le plus leur repas tout fait. Quasiment 6 visites sur 10 (57 %) dans un endroit où l’on peut manger de manière informelle (boulangeries, sandwicheries, restaurants de burgers ou de pizzas, kebab, brasseries, cafés, friteries, supermarchés et magasins de proximité) débouchent sur une vente à emporter ! Les Néerlandais sont moins fans (47 %). De même que les Français, Allemands, Suisses ou Autrichiens (entre 41 et 38 %). Que dire alors des Russes, Portugais ou Italiens qui, manifestement (entre 30 et 20 %), préfèrent s’attabler et manger sur place. D’autant que les Belges qui emportent leur repas le mangent surtout… à la maison (64 %). Moins qu’au bureau ou à l’école (20 %), voire qu’en rue (8 %).

Ce phénomène, Bemora - qui regroupe 14 chaînes des restaurants dits informels (Delitraiteur, Exki, Le Pain Quotidien, Lunch Garden, McDo, Point Chaud, Quick, etc., soit 560 points de vente au total brassant plus d’un milliard d’euros de chiffres d’affaires) - ne se l’explique guère. Ou, plus exactement, l’explique de différentes manières. "Trois taux de TVA (6, 12 et 21 %) perturbants et compliqués à gérer, dont le plus bas pour l’emporter, énumère Stephan De Brouwer. Des coûts de personnels très importants; or, le ‘take away’ en exige moins; une offre grandissante puisque beaucoup de nouveaux concepts de restauration tablent sur la vente à emporter."

Il y a sans doute aussi la rapidité, car quand ils décident de s’attabler dans ces points de restauration informelle (IOE - "Informal eating out"), les clients prennent leur temps : 46 minutes en moyenne; et davantage le soir (57 minutes) que le midi (43), ou pendant les "entre repas" (26 minutes le matin, 37 l’après-midi).

Le must à emporter ? Les frites et les sandwiches

L’étude de TNS Sofres date d’il y a plus d’un an (décembre 2014). Elle ne concerne bien sûr pas que le phénomène de plats à emporter. Sur base de quelque 1 700 entretiens, elle fait le portrait de ce que c’est de manger dans un "IEO". En enfonçant des portes ouvertes : les clients ne planifient pas ce genre d’endroit ou le font le jour même; au hit-parade de leurs préférences, on trouve les friteries, les sandwicheries et les supermarchés; ils y ont recours davantage en semaine que le week-end; y entrent… parce qu’ils ont faim et pour le bon rapport qualité-prix; etc. Mais avec quelques "scoops" en prime. Ainsi, le fait qu’ils ne sont pas majoritairement adoptés par les familles (17 %) ou les jeunes de 16 à 24 ans (16 %), mais par les plus de 35 ans (50 %) !

Si sa publication a tardé, c’est que Bemora l’avait commandée pour comprendre le fonctionnement de son marché et ses défis. Aujourd’hui, l’association a besoin d’un peu de visibilité pour attirer de nouveaux membres et évoquer certaines revendications. Notamment une réduction de la TVA et des charges sociales. "Ensemble, nos membres représentent plus de 13 000 postes de travail locaux, accessibles à tous et non délocalisables, contre 7 200 en 2009, indique Stephan De Brouwer. C’est un modèle économique dont il faut favoriser le développement."