Le débat sur les bonus octroyés aux négociateurs d’actifs financiers (traders) se tient désormais au niveau institutionnel. En France, à tout le moins. Vendredi, le Président français Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il réunirait le 25 août "les représentants du secteur financier" pour "faire le point" sur le respect des engagements pris "à l’occasion de la crise". Un peu plus tard, les représentants de banques françaises, réunis à l’initiative du Premier ministre François Fillon, ont défendu leurs pratiques en matière de rémunérations variables.

Pour rappel, l’annonce d’une provision d’un milliard d’euros retenue chez BNP Paribas au titre du premier semestre 2009 pour verser des bonus (voir LLB des 6 et 7/8) a relancé la polémique sur ces rémunérations variables pouvant être très élevées, que touchent certains "traders" des salles de marchés des banques. En France, l’affaire fait grand bruit. "La France est déterminée à faire du respect de ces règles par toutes les places financières mondiales, l’un des enjeux du G20 de Pittsburgh en septembre prochain", affirme l’Elysée, qui précise que Nicolas Sarkozy a prévu d’écrire en ce sens à la fin du mois à tous ses collègues du G20.

Interrogé à la sortie de la réunion à Matignon, le directeur général de BNP Paribas, Baudouin Prot, a défendu les pratiques des établissements hexagonaux, affirmant que ceux-ci avaient déjà pris les mesures nécessaires pour que "rien ne soit plus comme avant la crise" en matière de rémunération variable. "Nous avons décidé d’appliquer les règles du G20", préconisées début avril à l’issue d’un sommet sur la crise financière, et "il va de soi que nous sommes totalement prêts à ouvrir nos livres pour que la Banque de France exerce son contrôle", a-t-il ajouté.

Le gouverneur de la Banque de France a pour sa part donné quitus à la BNP, estimant que le fait de provisionner un milliard d’euros pour les bonus de ses équipes était "conforme aux règles" du G20. La ministre française de l’Économie, Christine Lagarde, a quant à elle dénoncé vendredi les "banques étrangères qui s’affranchissent des principes du G20" en matière de bonus accordés aux traders et qui "bénéficient ainsi d’un avantage concurrentiel".

En Belgique, si le débat sur les bonus est moins vif, faute de salles de marchés aussi importantes qu’en France, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, on se pose tout de même la question du rôle de l’Etat fédéral en tant qu’actionnaire de BNP Paribas. Pour rappel, notre pays a, à l’occasion de la cession de Fortis Banque à BNP, acquis une participation de 11,6% dans le groupe français, ce qui lui donne droit à deux administrateurs au sein du conseil de la banque française. Mais les deux administrateurs proposés par le gouvernement fédéral, Michel Tilmant et Jean-Claude Deschamps, ne seront officiellement administrateurs qu’après approbation par la prochaine assemblée générale de BNP Paribas. Or, celle-ci ne devrait pas avoir lieu avant la mi-mai 2010.

Entre-temps, certes, les deux missi dominici de la Belgique peuvent assister aux réunions du conseil en temps que censeurs si ce dernier décide de les accueillir sous ce titre. Mais cette fonction n’est que consultative et ne leur donne nullement voix délibérative. Les deux représentants de l’Etat belge ne peuvent donc pas (encore?) peser directement sur la prise de décision en matière de rémunérations variables chez BNP Paribas. Mais le jour viendra où ils devront prendre position. La Belgique influencera-t-elle la France à cet égard ?

Ph.G. (avec AFP)