Les Bourses asiatiques décrochaient encore jeudi, plombées par les risques de récession planétaire et la chute des exportations japonaises vers l'Occident, tandis que la devise européenne atteignait son plus bas niveau en six ans face au yen et restait faible face au dollar. La Bourse de Tokyo, principale place financière asiatique, chutait de 5,62% vers 04H30 GMT, atteignant son niveau le plus bas depuis cinq ans.

Les investisseurs japonais suivaient le mouvement de Wall Street, qui a clôturé la veille en repli de 5,69%, mais s'inquiétaient en outre des retombées de la crise financière sur les exportations du pays, un des moteurs économiques de l'archipel.

L'excédent commercial nippon s'est effondré de 94% en septembre par rapport à septembre 2007, à cause d'un net recul de la demande en provenance d'Amérique du Nord et d'Europe de l'Ouest. Des produits phares du Japon, automobiles, équipements industriels et de construction et certains composants, ont été particulièrement touchés par la baisse de la consommation en Occident.

Et la hausse continue de la monnaie japonaise obscurcit davantage les perspectives des industries nippones à l'exportation. L'euro a atteint jeudi matin son plus bas niveau face au yen depuis décembre 2002 (123,60 yens pour un euro). La devise européenne, pénalisée par les craintes de récession en Europe, continuait par ailleurs d'évoluer sous le seuil des 1,28 dollar. Vers 04H35 GMT, la Bourse de Hong Kong perdait 4,63%, Séoul 7,32%, Singapour 3,74%, Sydney également 3,74%, Shanghai 2,63% et Bombay 4,47%. "Les investisseurs s'inquiètent à cause de la crise financière mondiale, et particulièrement pour l'Europe", a expliqué Tomoko Fujii, économiste à la Bank of America de Tokyo.

Les marchés boursiers mondiaux avaient fortement chuté mercredi, malgré l'annonce d'un sommet mondial sur la crise qui réunira 20 grands pays développés et émergents le 15 novembre près de Washington. La réunion visera à "discuter des causes de la crise financière" et "identifier les principes de réformes" pour éviter qu'elle ne se reproduise, a précisé la Maison Blanche en annonçant la date de la réunion.

Outre Wall Street, les bourses européennes avaient plongé en clôture: Paris avait perdu 5,01%, Francfort et Londres 4,46%. Au Brésil, la Bourse de Sao Paulo, première place financière d'Amérique du Sud, a suspendu automatiquement ses opérations après une chute de plus de 10%. Face à la pire crise depuis 1929, Européens et Américains étaient tombés d'accord samedi pour réunir une série de sommets internationaux sur la refonte du système financier international. Mais le nouvel ordre mondial qui pourrait sortir du sommet reste flou.

L'UE veut une réforme profonde du système, une sorte de Bretton Woods bis, du nom des accords de 1944 qui avaient jeté les bases du système financier, avec une supervision mondiale des marchés confiée au Fonds monétaire international (FMI). Réticent à toute refonte globale, George Bush a souligné à plusieurs reprises son attachement à la "liberté des marchés". Le président français Nicolas Sarkozy, qui avait lancé l'idée d'un sommet fin septembre, a aussitôt salué l'annonce.

Les Européens ont en revanche écarté toute idée de plan de relance généralisée, bien que le mot "récession" ne soit désormais plus tabou. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a reconnu s'attendre à "une récession en Amérique, en France, en Italie, en Allemagne, au Japon, et, parce qu'aucun pays n'est immunisé, en Grande-Bretagne aussi". Le Pakistan, miné par les difficultés intérieures, et le Bélarus, frappé par la crise financière, ont tous deux demandé mercredi l'assistance financière du FMI. L'Ukraine négocie également un prêt avec l'institution et l'Islande a indiqué mardi être sur le point d'en obtenir un. Le FMI s'est en outre dit prêt à aider la Hongrie.

Les derniers résultats d'entreprises ont confirmé la contagion de la crise financière à l'économie "réelle", avec des conséquences lourdes pour l'emploi. Le géant pharmaceutique américain Merck, dont le bénéfice trimestriel a baissé d'un tiers, a annoncé la suppression de 7.200 postes d'ici à 2011. Sur les 90 sociétés américaines qui ont fourni entre lundi et mercredi des prévisions de résultats, 42% étaient négatives et seulement 6% positives, selon un recensement du site d'informations financières Briefing.com. Le marasme économique risque de se transformer en crise sociale.

Selon une responsable des Nations Unies chargée du programme pour l'habitat, la crise pourrait déclencher des émeutes au sein de la population urbaine grandissante dans le monde, alors que des habitants n'arrivent plus à payer leur loyer. Londres a annoncé mercredi une réforme visant à limiter les saisies de logements. Les cours du brut étaient orientés à la hausse dans les échanges électroniques en Asie à la veille d'une réunion de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qui devrait décider d'une réduction de la production, selon des courtiers.