Face à des indicateurs et des résultats d'entreprises qui confirment les craintes d'une récession sévère, notamment en Europe, les Bourses restaient très fragiles jeudi et l'officialisation d'un sommet du G20 le 15 novembre à Washington n'a pas eu d'impact immédiat.

Cette réunion est "une condition nécessaire mais pas suffisante" pour permettre le retour de la confiance sur les marchés financiers, a relativisé jeudi Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Symbole de la mobilisation mondiale, la Chine a souligné jeudi "l'importance" de cette proposition de sommet, sans cependant confirmer sa participation. "La Chine considère que la communauté internationale devrait accroître sa coopération (...) pour faire face ensemble à la crise financière actuelle et sauvegarder la stabilité du système économique et financier mondial", a cependant insisté le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a de son côté appelé jeudi au soutien de la Chine et du reste de l'Asie, pour répondre à la situation "sans précédent" créée par la crise financière. "Nous avons besoin de l'Asie et plus particulièrement de pays comme la Chine, l'Inde et le Japon", a déclaré M. Barroso à Pékin, à la veille de l'ouverture du sommet Asie-Europe (Asem).

Côté financier, les rouages sont en tout cas clairement grippés. Les activités bancaires internationales ont enregistré au deuxième trimestre leur plus forte chute depuis dix ans, selon la Banque des règlements internationaux jeudi. La banque américaine Goldman Sachs s'apprête elle à supprimer 10% de ses effectifs, soit plus de 3.000 emplois, affirme jeudi le Wall Street Journal.

Et les marchés eux sont toujours fébriles. Après avoir chuté d'environ 5% mercredi, les grandes Bourses européennes s'installaient de nouveau dans le rouge jeudi. Vers 09H30 GMT, Londres perdait 1,35%, Francfort 2,30% et Paris 1,66%. Les Bourses asiatiques ont clôturé en baisse. Tokyo a cédé 2,46%, Hong Kong 3,54%, Shanghai 1,07%, et Singapour 4,14%. Le Nikkei à Tokyo a notamment souffert du plongeon de 94% de l'excédent commercial de l'archipel en septembre, avec une baisse marquée de la demande venue d'Amérique du Nord et d'Europe. Et la hausse continue du yen obscurcit encore davantage les perspectives des exportateurs nippons.

Sony a ainsi annoncé jeudi une chute de 72% sur un an de son bénéfice net au deuxième trimestre. "Les investisseurs reconsidèrent leurs estimations sur la gravité et la durée de la récession, reconnaissant que la crise du crédit a abouti non plus à un ralentissement économique fâcheux mais à quelque chose de bien plus sérieux", a admis Frederic Dickson, directeur de la stratégie de marché chez D.A. Davidson à New York, mercredi soir.

Signe supplémentaire d'un ralentissement de l'économie mondiale: le trafic maritime mondial ralentit nettement, et le coût moyen du transport en vrac de matières sèches a plongé de 85% depuis son pic de mai. En Europe, les signes de crise se multiplient. Le déficit des comptes courants de la zone euro s'est creusé en août, à -8,4 milliards d'euros. Les commandes industrielles dans la zone euro ont diminué de 6,6% en août comparé à août 2007. Et en France, le moral des industriels a poursuivi son recul, chutant à son plus bas depuis décembre 1993.

Quant à l'euro, pénalisé par les craintes de récession en Europe, il est à son plus bas depuis six ans face au yen et il continuait jeudi d'évoluer sous le seuil des 1,28 dollar. "L'impression actuelle à l'égard de l'Europe est complètement négative", avouait jeudi un cambiste nippon. De fait, les mauvaises nouvelles s'accumulent sur le Vieux continent du côté des entreprises. Air-France KLM, qui tablait sur 4% de croissance annuelle pour les prochaines années, n'envisage plus qu'une croissance zéro pour son exercice en cours ainsi que pour les deux exercices suivants, selon la presse jeudi.

Le groupe automobile italien Fiat s'attend lui à des résultats 2008 dans le bas de la fourchette de ses prévisions et à des conditions de marché détériorées sur la majeure partie de 2009. Côté bancaire, la deuxième banque helvétique, Credit Suisse, a annoncé jeudi une perte nette de 1,26 milliard de francs suisses au troisième trimestre. Les résultats de la banque d'affaires du groupe ont été plombés par une nouvelle dépréciation d'actifs de 2,4 milliards de francs suisses. Et la belle unité dont a fait preuve l'Europe dans l'urgence face à la crise financière semble se fissurer face à l'idée d'un plan de relance économique.

Le président français Nicolas Sarkozy pourrait ainsi annoncer jeudi la création d'une "sorte de fonds souverain", qui serait doté de 200 milliards d'euros, afin de soutenir les entreprises en difficultés, selon le quotidien Le Figaro. Or cette idée de fonds souverains nationaux en Europe est très critiquée à Berlin, où on soupçonne une volonté de protectionnisme. Chez les pays émergents ou en développement, la crise se fait également de plus en plus sentir. Et plusieurs pays en manque de liquidités commencent à appeler à l'aide.

Le Pakistan, miné par des difficultés intérieures, et le Bélarus, frappé par la crise financière, ont tous deux demandé mercredi l'assistance financière du FMI. L'Ukraine négocie également un prêt avec l'institution et l'Islande a indiqué mardi être sur le point d'en obtenir un. Le FMI s'est en outre dit prêt à aider la Hongrie. Sur le marché du pétrole, la tension est également notable, avec un cours de l'or noir qui a chuté de moitié depuis ses sommets à 147 dollars en juillet.

Vendredi, à Vienne, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) devrait se prononcer sur une éventuelle réduction de production, pour soutenir les cours de l'or noir. Mais les avis sont divergents. Les "durs" du cartel, à l'instar de l'Iran, plaident pour une baisse de production d'environ 2 millions de barils par jour. Mais l'Arabie saoudite, cheville ouvrière de l'Opep, et ses partenaires modérés du Golfe vont probablement résister aux demandes. Fin septembre, l'Opep pompait 32,16 millions de barils par jour, pour une production officielle de 28,8 mbj.