ENTRETIEN

Depuis un an, les brasseurs belges ont mauvaise presse. En cause, la politique d'InBev, le leader du marché, qui s'est d'abord mis à dos les cafetiers et les marchands en augmentant deux fois ses prix et, puis, son personnel et l'opinion publique en annonçant une vaste restructuration. «Toutes ces critiques ont engendré une perception négative vis-à-vis du secteur brassicole, explique Théo Vervloet, le président de la fédération des Brasseurs belges. Heureusement, poursuit-il, InBev s'est rendu compte qu'il avait mal communiqué. Il a demandé la collaboration de la fédération pour mettre sur pied un plan d'actions visant à renforcer l'image de la bière belge sur le plan national et international.» Le président des Brasseurs belges veut aussi renouer le dialogue avec le secteur Horeca, «qui rend les brasseurs responsables de tous ses problèmes». Quant au projet très médiatisé des marchands de bières de lancer leur propre pils, M.Vervloet n'y croit pas. «C'est techniquement difficile à réaliser. Et puis, qu'est ce que cela va changer, ils seront quand même toujours liés aux grands brasseurs.»

Le président dénonce, par contre, les pratiques des magasins Makro. Depuis deux semaines, ceux-ci vendent sous leur marque propre des fûts de 30 litres, à des prix moindres (environ 20€) que ceux pratiqués dans l'Horeca. Résultat: de nombreux cafetiers s'approvisionnent via ce canal. «Nous avons réagi au niveau de la fédération pour demander aux brasseurs de ne pas travailler avec Makro» explique M.Vervloet. «Les cafetiers peuvent, en effet, ainsi mettre n'importe quelle pils dans des pompes Jupiler, Maes ou Silly et flouer ainsi le consommateur», complète Didier Van der Haegen, le porte-parole des petits brasseurs au sein de la fédération.

Baisse en Belgique limitée

Malgré ce problème d'image, 2005 a été un bon cru pour le secteur. La production de bière s'est stabilisée à 17,2 millions d'hectolitres (+0,02 pc par rapport à 2004). La consommation intérieure a poursuivi son recul structurel (-0,93 pc) mais «celui-ci a été plus limité que ces dix dernières années. Cela augure un avenir plus rose», souligne Théo Vervloet. Cela conduit à une consommation de bière par habitant et par an de 91,5 litres, plaçant le Belge dans la moyenne supérieure en Europe. Trois bières consommées sur quatre sont une pils. Le dernier quart se répartit entre les bières spéciales. Parmi celles-ci, ce sont les bières d'abbaye qui cartonnent le plus, suivies par les bières fruitées et les trappistes.

Enfin, nos bières s'exportent de mieux en mieux (+1,32 pc), aux Etats-Unis et au Canada entre autres. Une bière sur deux brassée en Belgique se déguste désormais à l'étranger.

© La Libre Belgique 2006