ENTRETIEN

Le 13 décembre 2005, la Commission européenne adoptait le projet de révision de la directive «Télévision sans frontières» (TVSF). Un projet qui, une fois approuvé par le Parlement et le Conseil européens, conduira à une libéralisation accrue du marché audiovisuel européen (télévisions classiques et nouveaux services).

Jean Réveillon, secrétaire général de l'Union européenne de radio-télévision (UER, qui regroupe 74 télévisions publiques et quelques opérateurs privés), nous a livré la position de l'UER sur ce projet.

Le projet de directive conforte le principe du «pays d'origine» (qui vise à déterminer la législation nationale à laquelle est rattaché un opérateur). Dans certains cas, il apparaît que ce principe est utilisé pour contourner des législations jugées plus restrictives. En Belgique, par exemple, RTL-TVI relève désormais du seul droit luxembourgeois... Qu'en pense l'UER?

Nous tenons absolument à maintenir la règle du pays d'origine. Mais il faut prévoir une exception très claire pour éviter toute situation de délocalisation. Et, à l'évidence, le cas de RTL-TVI rentre dans cette exception. Nous souhaitons donc que la Commission européenne puisse examiner de très près ce type de cas. A cet égard, le projet de la Commission est perfectible.

Le projet de directive TVSF prévoit aussi d'assouplir les règles en matière de publicité à la télévision. N'ouvre-t-on pas la voie à un accroissement de la pression publicitaire, en particulier sur les chaînes publiques?

Le débat est ouvert entre nos membres. Certains craignent que les petits opérateurs publics soient mis en difficulté. Personnellement, je pense qu'il est possible de maîtriser cet assouplissement des règles. Donner davantage de souplesse ne me paraît pas être une aberration. Mais si le Parlement devait suivre le projet de la Commission, nous proposerons des garde-fous, notamment sur la séparation entre pub et contenu éditorial et sur la transparence en matière de placement de produits (lequel devrait exclure l'alcool et les médicaments).

Quelles sont les stratégies mises en oeuvre par l'UER pour venir en soutien aux opérateurs publics?

On est très attentif au fait de donner, à nos membres, des opportunités de produire entre eux. On le fait déjà dans le domaine de l'animation («Tom» et «Pitt et Kantrop»). On va aussi bientôt sortir une première grande coproduction de fiction («Du rouge sur la croix»). Pas moins de 24 opérateurs se sont associés au projet pour un montant de 5,6 millions d'euros. Cette première ouvre d'énormes possibilités dans le champ des fictions de prestige et du documentaire. Sur les achats, nous sommes essentiellement actifs dans les droits sportifs.

Comment se portent les opérateurs publics européens?

Ils vont de mieux en mieux... Il y a une prise de conscience dans l'opinion de l'importance d'avoir des chaînes publiques à côté des opérateurs privés. Elles démontrent aussi leur capacité à prendre une place à part entière dans le nouvel environnement audiovisuel. Les chaînes publiques ont à la fois le savoir-faire - sur les programmes et en matière de nouvelles technologies - et la confiance du public.

© La Libre Belgique 2006