Souvent pointée du doigt pour son rôle de pollueur, l'industrie cimentière a voulu jouer la carte de la transparence. La Fédération de l'industrie cimentière belge (Febelcem) vient de sortir le premier rapport environnemental du secteur. "Ce n'est pas un cri de victoire, mais un constat qui montre d'où on vient et les évolutions en cours dans le secteur", précise Jean-Pierre Jacobs, administrateur-délégué de la fédération patronale sectorielle. Le rapport relève les nombreuses actions des cimentiers belges (CBR, Holcim, CCB) visant à réduire au mieux l'impact de leur activité sur l'environnement. Il détaille ainsi les questions relatives au réaménagement des carrières, à la réduction des émissions atmosphériques, au traitement des eaux usées, à une forte diminution de la consommation d'énergie fossile et de matières premières grâce à la valorisation des déchets en cimenterie. "De tous les acteurs dont l'activité a un impact sur l'environnement, seule l'industrie fait des efforts pour réduire son empreinte écologique. Les cimentiers utilisent aujourd'hui des combustibles de substitution en lieu et place des combustibles fossiles classiques. Ces combustibles de substitution sont la biomasse (boues séchées des stations d'épuration, vieux papiers, farines et graisses animales) et les déchets (pneus, bois de palettes, résidus de broyage automobile, huiles usagées, etc.)", dit Bernard Küng, président de Febelcim et administrateur-délégué de Holcim.

D'après le rapport, le taux des déchets et des éléments de la biomasse dans les combustibles totaux est passé de 25,4 pc en 1999 à 29,5 pc. Les avantages de cette valorisation énergétique sont notamment une réduction des émissions de CO2 et une contribution du secteur à une gestion efficace des déchets en Wallonie. Les cimentiers mettent aussi en avant leur rôle lié à une valorisation matière. "La valorisation matière est un processus unique et qui permet de tirer avantage, en cimenterie, des déchets issus d'autres industries et d'éviter leur mise en décharge", expliquent les dirigeants de Febelcem.

Des efforts à faire

Les cimentiers indiquent aussi qu'ils ont encore des efforts à faire en matière d'Indice d'efficacité énergétique (IEE) et d'Indice d'émissions de gaz à effet de serre (IGES). Ces derniers sont des objectifs définis dans le cadre d'un accord de branche ciment signé en 2004. Mais en 2005, ils ont enregistré une baisse des performances par rapport à 2004. "De plus, il y a eu plusieurs arrêts de fours dus à des accidents avec notamment un mort à Antoing l'an dernier. Nous sommes conscients que nous avons encore des efforts à faire", concède M. Jacobs.

Mais les cimentiers invitent les autorités, en particulier la Région wallonne à adopter des règles claires et précises avec des objectifs à long terme. "Nous sommes aujourd'hui incapables de prendre des décisions d'investissements pour le long terme comme l'ouverture d'une carrière qui vaut pour 50 ans par exemple, car il y a un manque de visibilité et de prévisibilité. De plus, il y a une insécurité juridique qui nous inquiète", indique Bernard Küng. Ainsi chez Holcim à Obourg, l'investissement pour un four sec (entre 300 et 400 millions d'euros) est en suspend "à cause de cette situation". Le cimentier prévient déjà qu'il devra réduire son effectif d'environ 50 personnes sur son site d'Obourg pour faire face à la flambée des coûts et rester compétitif.