Les comptes de l’Etat ne sont pas si mauvais

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V.d.W.

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Les comptes de l’Etat ne sont pas si mauvais
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Le gouvernement belge a sorti le grand jeu, mercredi matin. Pas moins de six ministres (Yves Leterme, Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Guy Vanhengel, Joëlle Milquet et Melchior Wathelet) ont mis les petits plats dans les grands pour présenter, à la presse nationale et internationale, les comptes de la maison Belgique pour 2010. Et les prévisions pour 2011.

Objectif avoué : rassurer la population et surtout, évidemment, rassurer les marchés. Et contredire les agences de notation et autres observateurs internationaux qui, sur la base d’éléments plus ou moins objectifs, ont placé notre pays dans le groupe des pays à problèmes. Pour le staff ministériel belge, il n’en est rien. Bien au contraire. Certes, les comptes sont toujours dans le rouge. Mais "les fondamentaux" sont sains. Et d’ailleurs, la Belgique s’en tire nettement mieux que plusieurs des pays de la zone euro.

Voyons cela en chiffres...

Commençons par le résultat de 2010. La Belgique termine donc l’année avec un déficit global de 4,6 % du Produit intérieur brut (PIB). Ce que l’on appelle "l’Entité 1", à savoir le Pouvoir fédéral et la Sécurité sociale, affiche un déficit de 3,5 % (dont 0,1 pour la Sécu). Quant au déficit de "l’Entité 2" (Communautés, Régions et pouvoirs locaux), il est de 1,1 %. Soit donc 4,6 % du PIB au total. C’est beaucoup, évidemment. Mais c’est moins que ce qui avait été prévu dans le programme de stabilité, la feuille de route budgétaire transmise aux autorités européennes : la Belgique avait alors promis de limiter son déficit à 4,8 %.

Du côté de la dette, les résultats sont également meilleurs que prévu. La dette atteint 97,2 % du PIB. Certes, elle continue encore à croître. Mais d’un pour cent seulement : c’est la progression la plus lente de toute la zone euro. Et il est fort probable que, dès 2012, elle recommencera à baisser. Comme cela se produisait déjà avant la crise financière de 2008 et l’intervention massive de l’Etat. De plus, la dette contient précisément l’effort que l’Etat belge a consenti pour sauver les grandes banques belges. Dont coût : 400 millions par an en charges d’intérêt de la dette (environ 16 milliards d’intervention nette). Mais pour l’instant, il n’est pas question de réaliser ces actifs bancaires car cette opération est extrêmement bénéfique au Trésor. Ce que l’Etat touche en dividendes et participations, en garanties bancaires et en garanties de dépôt est bien supérieur à la charge d’intérêt. Au total, l’intervention dans les banques s’avère donc positive puisqu’elle rapportera 1,5 milliard en 2011.

On notera aussi, au passage, la forte progression des dossiers de régularisation fiscale : on est passé, de 2009 à 2010, de 498 dossiers à 1 595. Les montants rapatriés de l’étranger par les Belges ont explosé : de 100 801 305 euros à 389 662 489 euros. Cela a rapporté pas moins de 115 millions d’euros. Soit un taux de prélèvement moyen de 29,66%.

Les comptes de la Belgique ne sont pas si mauvais. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette maîtrise des finances publiques belges. La croissance réelle (2,1 %) a été meilleure que prévu, assurant de meilleures rentrées fiscales. Les dépenses ont aussi fait l’objet d’une attention toute particulière. Il faut dire que le régime des affaires courantes dans lequel vit la Belgique depuis huit mois limite la capacité d’action des ministres qui sont moins enclins à proposer de nouvelles dépenses. Ce régime permet donc de facto une limitation des dépenses.

On notera aussi deux bonnes nouvelles. En matière de Soins de santé, on l’a dit, le budget est sous contrôle. Et en matière d’emploi, la Belgique a fait mieux que se défendre. En effet, le marché de l’emploi s’est mieux comporté que ne l’avaient annoncé les prévisions officielles. Ainsi, pour l’année 2010, les prévisions réalisées en septembre 2009 prévoyaient 98 400 pertes d’emplois. En février, ces mêmes estimations étaient revues à la baisse à 52 900 pertes d’emplois. Et en septembre dernier, les estimations prévoyaient une création nette de 10 100 emplois pour 2010.

L’avenir ? Le Premier ministre Yves Leterme a confirmé que le gouvernement actuel, même en affaires courantes, allait tout mettre en œuvre pour maintenir le cap au niveau budgétaire. D’une part, un projet de loi de finances sera préparé de manière à ouvrir les crédits provisoires pour les mois d’avril, mai et juin, au cas où un gouvernement de plein exercice ne serait pas installé d’ici là. D’autre part, le Bureau du plan est invité à préparer l’actualisation des données et des hypothèses de manière à permettre l’élaboration du budget 2011.

Ainsi, lorsque ces données seront disponibles, le gouvernement - celui-ci ou le suivant - prendra les mesures nécessaires de manière à améliorer le solde budgétaire, et le maintenir sous les 4 % en 2011, sous les 3 % en 2012. Obectif 2015: atteindre à nouveau l’équilibre budgétaire.

Qui vivra, verra.

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