Les Etats-Unis ont accusé un nouveau déficit commercial record en février à 61 milliards de dollars, creusé à la fois par la flambée des prix du pétrole et l’appétit insatiable des Américains pour les produits étrangers, a annoncé mardi le département du Commerce.

Ce chiffre a déçu les analystes qui tablaient sur un déficit de l’ordre de 59 milliards de dollars.

Il marque une nette aggravation (+4,3%) par rapport au mois de janvier, qui avait affiché un déficit de 58,5 milliards de dollars soit un peu plus que les 58,3 milliards annoncés dans un premier temps.

Les Etats-Unis semblent plus que jamais happés dans un spirale d’aggravation de leurs déficits commerciaux: le précédent record datait de novembre, et le mois de janvier était le deuxième plus mauvais chiffre jamais enregistré.

L’année 2005 ne s’annonce donc pas mieux que 2004, qui s’était soldée par un déficit record de 617 milliards de dollars. A titre de comparaison, le déficit n’était encore que de 45,9 milliards en février 2004.

Ce déséquilibre inquiète les partenaires des Etats-Unis qui voient le pays vivre au dessus de ses moyens et dépendre de plus en plus des capitaux étrangers. Les Américains, eux, l’expliquent par la croissance plus forte chez eux que dans les autres pays.

Pour le moment les étrangers semblent disposés à financer ce train de vie. La balance des capitaux de février, publiée vendredi, apportera des éléments de réponse précieux dans ce domaine.

De son côté le président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, reste serein, estimant que la résorption du déficit courant se fera en douceur, à l’inverse du déséquilibre budgétaire.

Dans la lignée de ce qui se passe depuis des mois, le déficit de février s’est expliqué par deux facteurs prédominants: une consommation effrénée, en dépit de la baisse du dollar qui devrait détourner les Américains des produits étrangers et favoriser leurs exportations, et surtout l’aggravation de la facture pétrolière.

Les exportations ont très peu augmenté (+0,1%) à 100,5 milliards de dollars, tandis que les importations progressaient de 1,6% à 161,5 milliards. Ces deux chiffres constituent des records.

L’aggravation des importations s’explique par la hausse des achats de matières premières et notamment de pétrole brut (+1,4 md USD), gaz naturel (+332 M USD) et autres produits pétroliers -- un bond en valeur rendu plus douloureux par le fait que les quantités de pétrole brut achetées étaient au plus bas depuis février 2004. Le pétrole représente ainsi plus du quart du déficit, avec des importations au deuxième plus haut niveau jamais enregistré.

Mais les Américains ont également acheté un niveau record de voitures (+152 M USD), de biens de consommation (+675 M USD) et de produits alimentaires (+6 M USD).

Pour les exportations, les Américains ont vendu un niveau record de biens de consommation (+296 M USD) et de fournitures industrielles (+505 M USD).

Par zones géographiques, une surprise vient de la forte contraction du déficit avec la Chine (-9,1%) à 13,9 mds USD, ce qui est le plus bas niveau depuis mai 2004. Les importations ont beaucoup décru (-5,1% à 17 mds USD), malgré la forte hausse (+9,8%) des importations de textile à la faveur de l’abolition des quotas, fin décembre 2004.

Le déficit s’est également réduit avec le Canada (-7,9% à 5,8 mds USD), mais il s’est accru avec l’Union européenne (+5,1% à 8,5 mds USD). Le déséquilibre a pourtant été moins important avec la France (-20,2% à 700 M USD), la Grande-Bretagne (-22,9% à 600 M USD) et l’Italie (-9,9% à 1,3 md USD).