Plusieurs patrons et anciens patrons de grandes banques belges durement touchées par la crise financière et bancaire ont souligné vendredi, devant la Commission spéciale mixte (Chambre et Sénat), la fulgurance et l'imprévisibilité de cette crise, ont relaté plusieurs sources. Invités par la Commission à venir répondre aux questions des parlementaires et des experts sur l'organisation des banques et l'évaluation des risques, ces anciens et actuels administrateurs-délégués ont redit leur surprise face à la survenance de la crise.

Restant sûrs de leur action, ils ont tenu un discours très rassurant sur la manière dont ils ont assumé leur fonction, indiquait-on à plusieurs sources. "Ils se sont sentis 'eus' par la crise, ils ne s'y attendaient pas. Si une faute a été commise, disent-ils, elle l'a été par tous", rapporte une source. "Pour eux, il s'agit d'un concours de circonstances", rapporte une autre. "Ils gardent une grande certitude" d'avoir agi correctement, confirme un troisième. "Tous ont répondu de manière très sereine, complète et sans volonté de cacher quoi que ce soit".

La Commission a entendu successivement Axel Miller (ex-Dexia), André Bergen (KBC), Guy Burton (ex-Ethias), Steve Stevaert (ex-président du Conseil d'administration d'Ethias) et Jean-Paul Votron (ex-Fortis holding), ainsi que des responsables de Kaupthing et de Rabobank Belgique. André Bergen (KBC) a, selon certains, mis en cause les agences de notation telles que Moody's, qui déclassent des institutions sans tenir compte des réalités économiques. Certains ont été jusqu'à voir dans le discours du grand patron de la KBC un plaidoyer pour une agence de notation européenne régulée par les Etats.

c Rappelant que l'accord était presque général pour l'opération ABN Amro, l'ancien homme fort de Fortis holding aurait pointé du doigt les nouvelles règles comptables (normes IFRS) introduites il y a trois ans. Celles-ci ordonnent aux banques de rapporter leur portefeuille à la valeur de marché (mark-to-market), ce qui a contraint dans certains cas les institutions surprises par la crise à dévaloriser presque entièrement leur portefeuille de crédits sans valeur.

"Dans l'ancien système, la crise n'aurait pas été si rapide ni si profonde", aurait dit Jean-Paul Votron aux parlementaires. Initialement prévues pour durer une demi-heure chacune, les auditions se sont prolongées bien au-delà, suscitant des demandes de révision du calendrier de la Commission, et d'ajout d'autres journées d'auditions, au-delà des deux hebdomadaires prévues actuellement. Certains parlementaires réclament des confrontations et des auditions de représentants d'actionnaires minoritaires ou "familiaux".

Pour la semaine prochaine, le calendrier restera toutefois inchangé, a-t-on confirmé à la présidence de la Commission. Lundi, la journée sera consacrée au dossier Fortis, avec les auditions de Maurice Lippens (ancien président de Fortis), Jean-Pierre Bostoen et Frans Macken (Fortis Bank Audit Services), Herman Verwilst (ex-CEO Fortis), Karel De Boeck (CEO Fortis Holding) et Filip Dierckx (président Fortis Banque).