Certaines voix se font parfois entendre pour affirmer que si les femmes travaillaient plus, elles prendraient la place des hommes, les chiffres du chômage ne diminueraient pas et la croissance du pays n’en bénéficierait pas. Ce sont, en réalité, des idées préconçues. "Les femmes sont un réservoir d’emploi important. Durant la Deuxième Guerre mondiale, elles ont permis d’éviter un effondrement économique dans les pays en guerre. Le boom de la croissance dans les années 60 doit beaucoup à ce travail des femmes pendant la guerre. Dans les pays nordiques, où le taux de participation des femmes dans la population active est élevé, on constate que le taux de participation des hommes dans la force de l’âge est également important. Les femmes productives constituent aussi un réservoir potentiel pour compenser le vieillissement de la population dans notre pays" , souligne Micael Castanheira, professeur d’économie à l’Université libre de Bruxelles.

"Il est temps d’agir"

Il n’y a pas de données chiffrées qui démontrent que les femmes, en travaillant, prennent la place des hommes. Par contre, les prévisions démontrent que l’on aura besoin des femmes pour soutenir notre productivité et notre croissance.

"La croissance économique des pays de l’OCDE ces 50 dernières années s’explique pour moitié environ par les progrès de l’éducation, qui tiennent beaucoup au fait qu’un plus grand nombre de filles accède à un plus haut niveau d’éducation et que les femmes rattrapent leur retard en termes d’années d’études", relève une étude de l’OCDE. Chaque année supplémentaire d’éducation permet d’augmenter le niveau de vie moyen de 9 % par personne. En 2009, dans l’Union européenne, 72% des hommes en âge de travailler, contre 58% des femmes, occupaient un emploi. Alors que seulement 7 % des hommes travaillaient à temps partiel, les femmes étaient 31% à se cantonner dans ce type de postes. Or, il apparaît que si davantage de femmes contribuaient à la force de travail, la croissance mondiale s’en trouverait renforcée. "La population mondiale vieillit, et nous ne pourrons faire face à cette évolution qu’en mobilisant tous les talents. Les gouvernements doivent améliorer leurs systèmes d’éducation et l’imposition de prestations sociales, et offrir des services de garde d’enfants plus abordables, afin d’aider les femmes à contribuer davantage à la croissance économique et à une société plus juste", relève le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, à l’occasion de la publication en décembre 2012 du rapport de l’OCDE "Inégalités hommes-femmes. Il est temps d’agir".

Des pays comme le Japon ou la Corée sont parmi les pays les moins productifs au monde. "Le Japon a besoin de réintégrer les femmes dans sa population active car il s’agit là d’une force de travail sous-utilisée qui pourrait contribuer à la croissance de ce pays. Les structures d’accueil pour les enfants en bas âge ne sont pas très développées, ce qui empêche les Japonaises de concilier harmonieusement leur vie familiale et professionnelle", souligne June-Yon-Kim, Portfolio Manager chez Fidelity. Il est vrai que les frais de garde et les régimes fiscaux dissuadent souvent les mères à entrer sur le marché de l’emploi. Selon l’OCDE, après déduction des frais de garde, plus de la moitié (52 %) du deuxième salaire part en impôts, une proportion qui s’élève à 65 % ou plus en Allemagne, en Australie, aux Etats-Unis, en Irlande, au Royaume-Uni et en Suisse.

Une autre piste de réflexion est abordée par ce rapport de l’OCDE, une piste qui fera sans doute frémir les représentants de la gent masculine. Il s’agit d’envisager l’augmentation du droit individuel du père à un congé parental sur une base "à prendre ou à laisser". Cela permettrait d’accroître son implication à long terme dans l’éducation de l’enfant. Dans son rapport "Perspectives économiques 2013-2018" publié en mai 2013, le Bureau fédéral du Plan prévoit "un essoufflement important de la croissance de la population d’âge actif". Pour compenser les sorties de la population active dues au vieillissement, une entrée accrue des femmes dans la force de travail devrait accroître notre productivité et soutenir la croissance du pays.Isabelle de Laminne