Les gouvernements américain et européens se mobilisaient mardi sur tous les fronts pour contrer les menaces de récession et rassurer les marchés financiers, toujours nerveux après deux semaines de tempête. "La panique à l'état pur s'est peut-être dissipée mais les marchés restent dans un équilibre précaire", jugeaient les analystes de Brown Brothers Harriman. La Maison Blanche a approuvé la possibilité d'un nouveau plan de relance aux Etats-Unis, après celui de 168 milliards de dollars mis en place au printemps dernier. L'idée avait été avancée lundi par le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke.

Toujours très volatile, la Bourse de New York a ouvert en baisse mardi, dans un marché qui digérait une pléthore de résultats de sociétés: le Dow Jones perdait 1,14% et le Nasdaq 1,65%. La tendance des Bourses européennes restait hésitante. Après avoir affiché des hausses modérées dans la matinée, certaines repassaient dans le rouge, comme Londres, en recul de 0,6% à 15H50 (HB) et Francfort (-0,8%). La Bourse de Paris, rassurée par le plan bancaire, gagnait 0,55%.

En Asie aussi, le tableau était mitigé. Si Tokyo a clôturé en hausse de 3,34%, Hong Kong a cédé 1,8% et Shanghai 0,78%. "L'économie américaine est déjà en récession", a jugé mardi la Banque centrale du Canada, avant d'annoncer une baisse d'un quart de point de son taux directeur à 2,25% pour tenter de stimuler l'économie canadienne. Le Canada a abaissé mardi à 0,6% sa prévision de croissance du Produit intérieur brut (PIB) en 2008 et 2009, contre 1% précédemment pour cette année.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a appelé à conclure avec succès les négociations de Doha sur la libéralisation des échanges dans le cadre de l'OMC afin d'envoyer un "signal fort" à l'économie mondiale en crise. En Europe, "les actions engagées sur tous les fronts (...) devraient permettre d'éviter que la crise n'ait des conséquences plus graves", a estimé le Fonds monétaire international (FMI). Le directeur du FMI pour l'Europe, Alessandro Leipold, a néanmoins appelé les gouvernements européens à "recourir à la politique budgétaire" pour contrer la crise. Les Européens rechignent pour l'heure à s'engager sur un plan concerté de relance et agissent en ordre dispersé.

En France, le gouvernement a annoncé lundi soir l'injection d'ici la fin de l'année de 10,5 milliards d'euros dans les six plus grandes banques privées, pourtant vantées jusqu'à présent pour leur solidité. Objectif affiché du gouvernement: donner aux banques la possibilité de "financer correctement l'économie". Il s'agit de rouvrir le robinet du crédit afin de soutenir les entreprises et contrer la récession qui menace. Les titres des grandes banques françaises s'envolaient mardi à la Bourse de Paris après l'annonce de cet apport d'argent frais, gagnant jusqu'à 13%.

Signe en tout cas des besoins de liquidités des banques: la Banque centrale européenne a encore alloué plus de 305 milliards d'euros mardi lors de son opération de refinancement hebdomadaire. La confiance revient peu à peu sur le marché interbancaire qui continuait à se détendre mardi, sous l'impulsion des actions conjuguées des gouvernements et des banques centrales. En Italie, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi a estimé que "deux ou trois banques" nationales auraient "peut-être intérêt à augmenter leur capital". Malmenée en Bourse, UniCredit, la première banque du pays, vient d'annoncer une augmentation de capital de plus de 6 milliards d'euros.

Après le plan de sauvetage du secteur bancaire, le gouvernement britannique a dévoilé mardi des mesures pour aider les petites et moyennes entreprises à lutter contre la crise financière. Le moral des industriels britanniques a continué de se dégrader fin septembre, l'indice le mesurant étant tombé à -60% en octobre contre -40 trois mois plus tôt, sa plus forte chute depuis 1980. Si les gouvernements continuent à jouer les pompiers, ils réfléchissent aussi à des remèdes structurels pour éviter que des crises de cette ampleur ne se reproduisent.

Le président français Nicolas Sarkozy a plaidé pour la création en Europe de fonds souverains, qui, bien coordonnés, permettraient "d'apporter une réponse industrielle à la crise" économique. Président en exercice de l'Union européenne, M. Sarkozy a appelé aussi à la création d'un "gouvernement économique clairement identifié" dans la zone euro qui pourrait épauler la BCE. Mais le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a pris aussitôt ses distances avec cette idée, estimant qu'il ne fallait pas que cela restreigne l'indépendance de la BCE.

Le président français a aussi proposé une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE pour préparer le premier sommet sur une refonte du système financier international prévu en novembre à New York. Et le chef de l'Etat français de lancer une pique aux Etats-Unis, régulièrement accusés de vivre à crédit sur le dos du reste du monde: "Peut-on continuer nous (en Europe) à porter les déficits de la première puissance mondiale sans avoir un mot à dire? La réponse est clairement non".

Dans la perspective d'une refonte du système financier mondial, s'est tenue mardi à Paris une réunion sur les paradis fiscaux d'une quinzaine de pays de l'OCDE. La Suisse et le Luxembourg, adeptes du secret bancaire, ont renoncé à y participer. Le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück a affirmé que la Suisse mériterait d'être inscrite sur la "liste noire" des paradis fiscaux.