Le comportement des investisseurs en Bourse ne laisse pas d’étonner les observateurs. Après une année déplorable qui a vu les marchés suivre l’effondrement du système financier à l’échelle mondiale, les voilà qui anticipent une reprise dopée par les coûteux plans de relance mis en place par les Etats (et dont il faudra régler la note ) Et ils le font au mépris, quelquefois, des résultats réels des entreprises. On a pu observer cet état de fait cette semaine suite aux publications des chiffres de plusieurs entreprises cotées. Ainsi, la diffusion des résultats bien moins bons qu’attendus d’ING aux Pays-Bas a-t-elle été suivie dans un premier temps d’une chute des cours, logique, puis, au fil de la séance, par une récupération des pertes, et, enfin, par une clôture positive. Une évolution confirmée d’ailleurs le lendemain de la publication des chiffres qui se traduisent par un retour timide aux bénéfices, et des perspectives floues, marquées sans doute par des cessions d’actifs. Dans le même ordre d’idées, les résultats de l’allemand TUI, marqués par une perte nette plus importante que prévu, ont été salués curieusement par une chute du cours, puis par un rebond de 12 % !

On anticipe, évidemment, un retournement conjoncturel, mais pas toujours de manière raisonnable. Si, aujourd’hui, les signes se multiplient à propos de la sortie de récession, avec jeudi des éléments forts comme la hausse de 0,3 % annoncée de concert par la France et l’Allemagne au deuxième trimestre 2009, après quatre trimestres de contraction de la création de richesse dans ces pays. Certes, le plus fort de la crise semble dès lors appartenir au passé, mais c’est sans nuancer l’analyse par l’impact de mesures fortes et coûteuses comme les "primes à la casse" en vigueur chez nos voisins. Il serait donc bon, sans doute, de modérer cet optimisme estival.

Aux Etats-Unis, les perspectives d’amélioration du climat des affaires ont été ternies par la présentation jeudi des chiffres des ventes de détail pour le mois de juillet. Après un rebond de 0,8 % en juin, celles-ci ont reculé de 0,1 % le mois suivant. Les Américains épargnent plus qu’auparavant, et tentent de réduire leur endettement global. Mais ils produisent aussi plus et pour moins cher qu’auparavant. Par ailleurs, le déficit de la balance commerciale s’est amélioré le mois passé, avec un total de 27 milliards de dollars, soit pratiquement la moitié des chiffres auxquels on avait fini par s’habituer l’an passé. Rien dans tout cela n’a poussé la Réserve fédérale à remonter ses taux de référence. Comme prévu, ils restent tout proches du plancher.

Du côté des entreprises cotées, on retiendra des réactions plus saines du marché aux excellents résultats de l’allemand Eon qui ont donné le ton aux valeurs du secteur "utilities" ailleurs en Europe. On retiendra que ces résultats ont été influencés dans une mesure non négligeable par les activités sur produits dérivés, alors que les ventes d’électricité ont chuté de 11 % sur le premier semestre 2009. Pour sa part AB Inbev, numéro un du secteur de la bière, a publié des résultats (en dollars) conformes aux attentes, mais a insisté sur les perspectives plus incertaines pour le reste de l’exercice en cours. Les résultats ont été influencés dans une large mesure par la réduction des coûts, mais aussi par une érosion du chiffre d’affaires. Les analystes restent attentifs à l’évolution de l’endettement du groupe, lourd et cher, qui devrait être réduit dans un futur proche par une série de cessions d’actifs, notamment en Europe centrale.

Chez nous, on a enfin noté la confirmation du retour en force de KBC, mais surtout, on attend une dernière volée de résultats pour la dernière semaine du mois avec notamment Dexia, Fortis, AvH et GDF Suez ou Omega. Entre-temps, sauf à faire face à une actualité imprévue, le baromètre boursier reste bloqué sur "beau temps".