Que l’on soit hôtelier, propriétaire d’une chambre d’hôte, agent immobilier, bailleur, etc., il est toujours plus enthousiasmant et surtout rassurant de débuter sa saison avec un carnet de commandes bien rempli. Ce ne fut absolument pas le cas cette année pour les hébergements côtiers. "La météo des six premiers mois de l’année, ajoutée à la crise des dépenses, n’a pas incité les candidats à réserver leurs vacances à la côte. Nous n’avons pas de chiffres, mais la situation était grave : de 10 à 20 % de locations saisonnières en moins", confirme Jan Jassogne, administrateur délégué de la CIB Côte (confédération des immobiliers de Belgique).

Dès le moment où elle a décidé de passer à un autre registre, cette météo a enfin poussé les vacanciers vers le large. "Les last minutes ont bien fonctionné, ajoute le courtier. Certains agents ont rattrapé leur retard, d’autres pas encore. Je pense qu’on a clôturé juillet en baisse de 10 à 12 % par rapport à juillet 2012." Et reste août… "La situation était moins grave en matière de location saisonnière, indique encore Jan Jassogne. Et il y a encore pas mal de demandes. Ce qui ne veut toujours pas dire que le beau temps nous sauvera complètement."

Le recul est inévitable

Si, au final, les résultats sont légèrement en deçà de ceux de l’an dernier, ils seront largement applaudis. Car le recul est inévitable. Qui n’a rien à voir avec la météo ou la crise, mais tout à voir avec la demande : en effet, d’année en année, le nombre de locataires réguliers diminue. "Il vient souvent un temps où, après avoir loué de longues périodes, ils achètent, commente Jan Jassogne. En quelque 25 ans, le nombre de seconds résidents a plus que doublé : de 40000 à environ 86000 aujourd’hui. Cela ne change pas grand-chose pour l’économie de la côte, car ils sont toujours présents, mais ils ne louent plus."

Même si l’art des vacances a fortement évolué ces 30 dernières années (échelonnement tout au long de l’année; multiplication de plus courts séjours; "mix" entre vacances à l’étranger et en Belgique; etc.), certaines habitudes sont tenaces à la côte belge. "Juillet reste le mois des vacances principales, reprend Jan Jassogne, d’une semaine ou de quinze jours, planifiées et réservées bien à l’avance. A l’inverse, et de manière générale, août est plutôt le mois des secondes vacances, dans le chef de personnes qui ont pris leurs vacances, ici ou ailleurs, en mai ou en juin, et en reprennent en août. C’est alors que la météo a un poids très important : le soleil sert de détonateur; les amateurs se décident le jeudi pour un long week-end." Les agents immobiliers et les particuliers qui louent leur bien ont donc appris à avoir plus de souplesse et, à l’instar des villages de vacances, à accepter des séjours de 3 ou 4 nuits. "Toutes les agences ne le font pas et tous les biens ne s’y prêtent pas : pour une villa, c’est exclu, mais pour un studio ou un appartement, c’est accepté. Il y a donc toujours des possibilités, indique Jan Jassogne. Pour 1 ou 2 nuits, par contre, on passe la main à l’hôtellerie."

En matière d’hôtels, précisément, la situation est plus contrastée. Avec des jours creux et des jours pleins. "Nos hôtels et Bed&Breakfast ont globalement fait un bon mois de juillet, grâce aux réservations de dernière minute, indique Eric Verdonck, directeur de l’office du tourisme de Nieuport. Certains jours, le parc affichait même complet : plus aucune chambre. Et ce, sans que cela soit lié à un quelconque événement. Non, c’est la météo qui a joué." La station n’est sans doute pas représentative du marché hôtelier, n’ayant qu’environ 500 chambres à proposer, "ce qui est peu", convient Eric Verdonck, "mais les échos sont similaires dans les autres stations."

Le Zoute n’est pas la côte

Sur le marché immobilier, Knokke-Heist, et surtout Le Zoute, détonnent, ne suivant pas toujours la tendance. Et c’est pareil en matière de tourisme. Là, c’est du 20 juillet au 15 août que l’on se presse. "Surtout du 1er au 15 août, la quinzaine mondaine", sourit Thibault Vanden Berghe, patron de l’agence Het Zoute. Pour l’heure, son équipe est surchargée. Et elle l’a aussi été en juillet. "On a mieux travaillé, c’est évident, poursuit-il. Avec beaucoup de last minute. La météo a été déterminante. Toutes les bonnes choses étaient louées d’avance. Le reste a été pris après. Pour août, il nous reste peu de disponibilités. Ici, le rythme ralentit sur le marché des ventes, mais augmente sur celui des locations : nous en avons fait au moins 10 % de plus que l’an dernier." Charlotte Mikolajczak