Entretien

Les marchés ont piqué du nez au cours des derniers jours, enregistrant des mouvements de baisse que l’on n’avait plus connus depuis les séances les plus noires de la crise des "subprime". Pour Peter Vanden Houte, chef économiste chez ING Belgique, les marchés risquent encore de souffir pendant les prochaines semaines même si, estime-t-il, ces mêmes marchés exagèrent le danger.

Voilà près d’un an que les marchés boursiers étaient en hausse presque continue. Comment expliquer le mouvement de baisse de ces derniers jours?

Les troubles budgétaires en Europe ne touchent plus seulement la Grèce, mais aussi, désormais, le Portugal et l’Espagne. Surtout, les marchés craignent un défaut de paiement de la Grèce et la sortie d’Athènes de la zone euro. Est-ce un scénario réaliste? Je ne le crois pas. Certes, les pays membres de l’Union monétaire ne peuvent plus compenser une hausse de leur déficit public par une dévaluation de leur monnaie. D’où l’idée de voir la Grèce abandonner l’euro. Mais cela ne résoudrait rien, au contraire même: comme la dette de la Grèce est exprimée en euros, cette dette serait encore plus élevée si Athènes sortait de la zone euro. Un défaut n’est pas impossible, mais il est moins probable depuis quelques jours avec cette mise sous tutelle de la Grèce par la Commission européenne, qui va suivre de très près la politique d’assainissement budgétaire et faire régulièrement des recommandations. Ensuite, les autres pays de la zone euro ne pourront se permettre un tel scénario.

Pourquoi?

Tout simplement parce que les créanciers de la Grèce, qui ne seraient pas remboursés en cas de défaut de paiement sont des banques de la zone euro. Cela entraînerait donc une nouvelle crise majeure du secteur bancaire européen, que nul ne peut se permettre. S’il y a un risque majeur que la Grèce ne rembourse pas sa dette, une ligne de crédit exceptionnelle lui sera à mon avis accordée. Mais personne ne va l’avouer pour l’instant, sinon la Grèce pourrait être tentée de limiter ses efforts d’assainissement.

Les statistiques du marché de l’emploi aux Etats-Unis n’ont pas arrangé les choses...

La destruction de 20 000 emplois supplémentaires aux Etats-Unis laisse en effet planer le doute sur une forte reprise de l’économie. Mais tous les chiffres ne sont pas si mauvais que cela. L’activité des sociétés intérimaires a fortement augmenté. C’est un très bon signe, car les entreprises embauchent d’abord des intérimaires avant d’embaucher à durée indéterminée. Pour moi, la croissance est toujours-là. Mais les marchés sont devenus très nerveux et broient du noir dès que quelques mauvais chiffres sont publiés.

Les Bourses vont-elles continuer à souffrir?

Je crois que les marchés exagèrent le scénario du pire et ne prennent pas suffisamment en compte les éléments positifs. Il est vrai qu’il y a un retour de l’aversion au risque depuis quelques mois alors que, jusqu’en septembre dernier, il y avait un véritable engouement pour les actifs risqués. Cela fait partie du cycle normal de l’aversion au risque. Cela veut dire quoi? Lorsqu’il y a de bonnes nouvelles, les marchés ne réagissent plus à la hausse. Et quand il y a de mauvaises nouvelles, les Bourses chutent fortement. Cette situation pourrait bien encore durer quelques semaines et, sachant que cette aversion au risque entraîne une très grande volatilité des marchés, ceux-ci pourraient donc encore souffrir davantage.